LIVRE TROISIÈME
le dey d'Alger. La France, décidée à venger son injure, voulut que sa vengeance devînt, par l'abolition de la piraterie , un grand service rendu à la chrétienté. Son noble dessein rencontra cependant, dans le plus rapproché de ses alliés, une vive résistance. Je le constate en passant, messieurs, parce que j'aime à rendre justice aux grandeurs déchues. L'expédition d'Alger fut résolue, malgré l'opposition que je signale, et le gouvernement de cette époque répondit à des ombrages exagérés, presque menaçants, avec autant de fermeté que de sagesse. Une commission, composée des officiers les plus éminents de nos armées de terre et de mer, fut chargée d'examiner les difficultés de l'exécution et de préparer le plan de campagne. Valée y soutint avec chaleur que l'entreprise était susceptible d'un plein succès. Il indiqua la part de tous les services, et employa toute son habile activité à organiser celui de l'artillerie, qui, par sa récente transformation, était appelée à une participation plus grande et à un rôle presque nouveau. Tout réussit, on le sait, comme Valée l'avait prédit. Mais à peine notre drapeau était-il arboré sur les murs d'Alger, que la France changeait la dynastie de ses rois, en défendant contre elle ses libertés et ses lois. Tout gouvernement nouveau, surtout lorsqu'il est né d'une révolution, signale son avènement par des réformes. Il en fait quelquefois qu'avec un peu
plus de temps et de réflexion il n'aurait cru ni nécessaires, ni utiles. L'emploi de premier inspecteur général de l'artillerie fut bientôt supprimé de nouveau. Le général Yalée descendit d'un poste aussi élevé sans peine ni regret. Ne comptant que sur lui-même , les revers de fortune ou les mécomptes de l'ambition ne l'atteignaient pas dans son âme. Mais sa modique fortune lui rendant diflicile de vivre à Paris, il se retira dans le département du Loiret et s'y livra à son goût pour l'agriculture, croyant déjà sa carrière terminée, et pensant peut-être qu'il avait assez fait pour que cette France, à laquelle il restait dévoué, n'oubliât pas son nom. Nous avions un prince et un gouvernement qui ne pouvaient tarder de l'enlever à sa retraite. Il fut nommé conseiller d'État en 1834. Bientôt après le général Valée fut rappelé à la Chambre des pairs, et c'est là , messieurs, que commencèrent mes rapports personnels avec lui.
» Lorsque le ministère du 6 septembre 1 836 , que j'avais l'honneur de présider, entra aux affaires, la première expédition contre Constantine était décidée; elle échoua, et la retraite de nos troupes aurait pu être désastreuse, sans la présence d'esprit et le courage du guerrier renommé qui les commandait. C'était le seul et grave échec que nos armes eussent éprouvé en Afrique. Le prestige qui les avait entourées se trouvait entamé, et dans un