LIVRE TROISIÈME
qui n'avait été que soupçonné jusque -là. Il fut reconnu que les approvisionnements de guerre devaient être encore augmentés. Valée voulut en outre qu'un équipage de siège suivit la marche des troupes , et l'événement a prouvé si celte volonté fut prévoyante et éclairée. Il restait à obtenir que lui-même consentît à accompagner M. le duc de Nemours, sans titre, comme volontaire, tout en étant seul chargé d'organiser et de diriger le service de l'artillerie. Ici la voix du Roi devait seule se faire entendre; elle fut bientôt écoutée. Le général Valée , dont la santé était chancelante, et auquel un si long repos avait fait perdre l'habitude de la vie des camps, céda moins à la voix du monarque qu'à sa propre conscience , à ce sentiment du devoir auquel il ne refusa jamais rien. Plus on lui demandait de sacrifices, et moins il se crut permis de résister. La Providence avait sur lui ses vues et réservait à sa noble conduite un prix aussi imprévu que les circonstances douloureuses qui le lui firent recueillir.
» L'armée se mit en marche le Ier octobre à travers des montagnes abruptes, où elle était obligée de se frayer un chemin; la pluie avait rendu si glissantes les pentes rocailleuses et escarpées que chevaux et mulets refusaient d'avancer.
» Les pièces de campagne et de siège allaient rester en arrière , lorsque Valée lui-même , saisissant par la bride le premier cheval de trait , l'entraîna
en avant , et , par son exemple et son langage , fit rougir ceux qui penchaient à attendre que le terrain devint meilleur. Les hommes énergiques, messieurs, rajeunissent dans les situations difficiles et retrouvent souvent, en présence du danger, une force et une santé auxquelles ils ne prétendaient plus. Arrivé sous les murs de Constantine, Yalée se hâte d'étudier les approches de la place , la nature des murailles; il établit ses batteries, et le soir même le feu était ouvert. Mais, au moment de l'assaut, un boulet des assiégés vient frapper, à côté de ]&. le duc de Nemours, le brave et infortuné général en chef Damrémont. Yalée le remplace, et le 13, l'antique cité de Jugurtha, emportée de vive force, voit flotter, après mille ans, sur ses murs renversés, le drapeau d'un peuple chrétien. Aussitôt que le canon des Invalides eut annoncé à Paris cette nouvelle, le Roi nomma Yalée gouverneur de l'Algérie, et, peu de jours après , lui envoya le bâton de maréchal de France. Jamais peut-être un succès de cette importance n'a été dû autant à un seul homme. Sans ses lumières et son autorité dans le conseil , les préparatifs restaient insuffisants; pendant la marche, c'est l'exemple de l'héroïque vieillard qui soutient et entraine tous les courages; devant la place, des difficultés les plus inattendues auraient déconcerté une expérience moins consommée , une âme moins ferme que la sienne. Yoilà comment, depuis le