LIVRE TROISIÈME
conseil de Saint-Cloud jusqu'à la prise de Constantine, Yalée se trouve avoir rempli de son nom toute cette belle page de notre histoire.
» Devenu gouverneur général de nos possessions en Afrique, sa tache était immense et, sous plus d'un rapport, nouvelle pour lui. Il en fut un moment effrayé. Le gouvernement du Roi, messieurs, l'eut bientôt rassuré. Rien ne lui manquait d'essentiel ou de nécessaire pour la grande mission qu'on lui donnait. Indépendamment de ce qu'il trouvait en lui-même de si propre à l'encourager, il possédait la confiance du ministère. Tel que je l'ai connu , il eût perdu tout courage s'il avait eu à se justifier, même à s'expliquer sans cesse avec ceux dont il attendait un constant appui. Il voulait pouvoir se reposer sur eux du soin de le défendre. Entre le cabinet du 15 avril et le maréchal Yalée, il y eut jusqu'à la fin le plus parfait accord. La province de Constantine, en moins de deux années, fut soumise, organisée, administrée de telle manière, qu'un impôt régulier s'y percevait sans la moindre résistance ; qu'un voyageur pouvait la parcourir sans escorte, et que le nom du gouverneur général, respecté, aimé des tribus, était prononcé par toutes les bouches comme le symbole de la force et de la justice. En prenant le gouvernement de l'Algérie, le maréchal Valée avait dû se rendre compte de notre situation en Afrique. Il regardait le traité de
la Tafna comme une trêve que l'expédition de Gonstantine avait rendue nécessaire, et qu'il n'était pas de notre politique de rompre. Mais jugeant inévitable et prochaine la reprise des hostilités avec Abd-el-Kader , et sentant la nécessité de nous fortifier dans les provinces d'Oran et d'Alger, il proposa au gouvernement du Roi d'occuper pacifiquement ou par la force les villes de Koléah et de Blidah. L'Émir, à cette nouvelle, invoqua le traité de la Tafna, et envoya Ben-Arrach à Paris, en lui donnant pour instruction secrète d'amener à tout prix le gouvernement du Roi à négocier avec lui. La réponse ne pouvait être douteuse; elle fut que le gouverneur général de l'Algérie était seul chargé de régler toutes nos affaires en Afrique, et que le gouvernement de la métropole n'y correspondait qu'avec lui. Au mois de mai 1838, le maréchal occupa sans obstacle Blidah et Koléah , porta sur la Chiffa notre frontière à l'ouest, et forma à l'est des camps au Fondouck et sur les bords de l'Ouad- Kaddura. Les populations de l'Algérie avaient été deux fois vaincues et gouvernées, la première, par les Romains; la seconde, par les Turcs. Les Romains en Afrique ouvraient des routes, fondaient des villes, creusaient des ports, laissaient aux indigènes leurs dieux, leurs lois, leurs mœurs; contenaient par la crainte ou s'attachaient par la reconnaissance ceux que la religion ou leur nais-