‹ Les InvalidesChapitre 175 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sance rendaient influents. Les Romains, en un mot, amenaient avec eux la civilisation, les Turcs la barbarie ; les Turcs pendant trois cents ans avaient gouverné en coupant des tètes, faisant des razzias, poursuivant, traquant les indigènes qui leur causaient quelque ombrage. Les Arabes, au temps du maréchal Valée, frémissaient encore au souvenir de l'oppression des Turcs ; ils ne se souvenaient guère de la domination romaine , attestée cependant sur le sol par ces nobles traces, ces impérissables ruines qu'a laissées partout après lui le peuple-roi. Le système des Romains devait être celui de Valée. Il s'était formé dans un temps et à une école où nul Français n'eût osé avoir pour la France d'autres desseins que les plus glorieux. Voici ce qu'il écrivait en débutant dans son gouvernement de l'Afrique : a Je ne veux pas ravager cette terre déjà » si malheureuse, je veux que la France refasse » l'Afrique romaine. Tant que la confiance du Roi » me maintiendra dans le poste que j'occupe , je » m'efforcerai de créer des villes, d'ouvrir des » voies de communication. Sous mes ordres, l'ar- » mée ne parcourra pas à l'aventure les provinces » africaines sans laisser plus de traces après elle que » n'en laissent les bateaux à vapeur sur laMéditer- » ranée. J'irai lentement , mais je ne reculerai ja- » mais. Partout où je poserai le pied de la France, » je formerai des établissements durables. Les villes

» qui existent encore, je les agrandirai; je leur » donnerai une prospérité inconnue sur cette terre » depuis bien des siècles ; et si la Providence me » donne le temps d'accomplir cette œuvre, je lais- » serai sur le sol africain des traces profondes de » mon passage.

» Quant aux populations indigènes, je veux les » gouverner et non les piller. J'appellerai autour » de moi l'aristocratie territoriale et religieuse. Je » ferai comprendre aux chefs des familles puis- » santés que , sous la protection de la France , ils » jouiront paisiblement de la part d'influence qui » leur appartient; qu'ils posséderont en toute sécu- » rite les biens que leur ont légués leurs pères. Je » les placerai toujours sous la main puissante du » commandant de la province. Ils commanderont » aux tribus; mais l'autorité française veillera sur » eux, et présentera constamment la France aux » Arabes comme protégeant et maintenant les droits » de tous. » Je sortirais des limites que je dois me prescrire, si j'étendais, si je multipliais ces citations. On trouverait, messieurs, dans la correspondance du maréchal Yalée et la série des mémoires qu'il adressa aux différents ministères, non-seulement son système de guerre et de gouvernement clairement exposé, mais encore tous les détails d'une administration complète et prévoyante, enfin ses idées sur le grand problème de la colonisation.

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