LIVRE TROISIÈME. 3G
» Il ne saurait entrer dans mon plan de les discuter, de les juger, ni même de les reproduire. Je rappellerai seulement qu'après onze années passées, et malgré les fautes commises , l'organisation donnée par le maréchal Talée à la province de Constantine est encore debout; l'impôt s'y perçoit sans trop de résistance et s'élève aujourd'hui à plusieurs millions.
» Si je ne craignais de retenir trop longtemps l'attention de ceux qui m'écoutent, je raconterais ici le voyage que fit le gouverneur général à Constantine, au mois de septembre 1838. On le verrait employant son autorité morale sur nos braves troupes à les faire renoncer aux expéditions aventureuses et les accoutumer aux travaux de la paix. On le verrait prendre possession des ruines de l'ancienne Russicada, relier par une route à la capitale ce point si important , en traversant le territoire de ces belliqueux Kabyles qui, depuis près d'un siècle, avaient secoué le joug des Turcs et refusaient impunément de leur payer le tribut. On le verrait enfin jeter les fondements de Philippeville, aujourd'hui cité florissante , former nos établissements de Stora, de Milah, et recevoir de tous les chefs indigènes le serment de fidélité à la France. Tout cédait à l'ascendant de l'assaut de Constantine. On ne sait pas encore chez nous quel fut le retentissement de ce fait de guerre dans notre Afrique , je dirai
plus, dans tout l'Orient. Le maréchal Valée en profita habilement pour rallier à son gouvernement tous les hommes puissants de l'Algérie et étendre à toutes les provinces le bienfait d'une administration plus régulière. C'est ainsi qu'il employa l'automne et l'hiver de 1 838 à organiser la province de Bone et à préparer l'avenir.
» Au commencement de 1839, le cabinet, du 1 5 avril s'était retiré ; le maréchal Valée , qui avait eu toute sa confiance et qui se sentait peu connu de la plupart des personnages honorables qui formaient la nouvelle administration, envoya sa démission à l'illustre président du cabinet du 12 mai. Les ordres du Roi , les instances de M. le maréchal duc de Dalmatie, le décidèrent à la reprendre. Mais il lui fallut recourir à de nombreux mémoires pour se faire comprendre de ministres qui ne l'avaient pas vu à l'œuvre. Étranger aux passions politiques, à tous les partis, à toutes les intrigues, il ne demandait à tous les ministères qu'une confiance qu'il croyait mériter. Peut-être, dans l'intérêt de son repos, aurait-il mieux fait de se retirer après les éclatants services qu'il venait de rendre.
* Le \ 8 janvier 1 841 , Valée quitta pour toujours cette Algérie qui n'oubliera jamais son nom, et où les travaux de trois années de sa vieillesse avaient effacé ceux de sa vie entière en les surpassant. Ne dirait-on pas, messieurs, que cette terre africaine