LIVRE TROISIÈME
vertus qui ont fait sa gloire de marin et de redire quelques-unes des actions qui ont marqué sa vie, consacrée tout entière à la France.
» Fortement doué par la nature , l'homme éminent dont l'État entoure les funérailles de l'appareil d'un deuil public a montré dès ses débuts tout ce qu'il devait être dans le cours de sa longue carrière.
» Prudent et résolu, inflexible devant le danger quand il était venu, parce qu'il avait employé les lumières de son esprit à le prévoir et à le conjurer, brave de sa personne, exigeant, mais paternel à l'égard des hommes qui servaient avec lui, il savait s'ouvrir des routes vers la victoire là où la fortune des combats semblait devoir préparer des obstacles insurmontables ; il créait des moyens de salut là où d'autres, également énergiques, mais moins ingénieux, n'auraient su que périr avec honneur.
» Je ne parlerai qu'en passant de ses premiers pas dans la carrière.
» En 1 793 , simple pilotin ; enseigne de vaisseau en \ 796 ; prisonnier en Angleterre après s'être distingué dans ce mémorable combat de la Virginie (qui marque si glorieusement dans la vie d'un des officiers généraux de la marine, l'amiral Bergeret); la Virginie, qu'une division anglaise n'avait réduite qu'à la suite d'une lutte de plusieurs heures; rendu à la France en 1 800 ; lieutenant de vaisseau à son
retour et sans cesse à la mer ; capitaine de frégate en 1806 et commandant la Sirène, il donne, en 1 808 , un signe éclatant de sa valeur comme officier et comme marin.
» Tous ceux qui ont pris part à la guerre maritime de l'Empire savent que, revenant des Antilles, près de toucher Lorient, Duperré sur la Sirène, chassée par une division anglaise, soutint seul, contre un vaisseau et une frégate qui l'attaquaient des deux bords, un combat de cinq quarts d'heure. Telle est la première période de cette action qui suffirait à honorer une carrière d'officier. Mais ici commence une nouvelle lutte non moins digne de mémoire : entre les bâtiments ennemis qui l'observent, prêts à fondre sur lui s'il échappe au naufrage, et les périls qui lui viennent de la mer, pressé par son pilote d'abandonner un bâtiment considéré comme perdu, Duperré seul conçoit le dessein de triompher de tous les obstacles ; il déploie les ressources de son courage et de son savoir. Trois jours après la Sirène est à flot, et, après un combat nouveau avec les croiseurs anglais, rentre à Lorient, où l'on n'attendait plus que la nouvelle de sa destruction.
» C'est ainsi que le capitaine Duperré préludait aux actions d'éclat qu'il allait accomplir dans les mers de l'Inde. Parti de France sur la Bcllone, il se forme bientôt une division navale avec cinq bâti-