‹ Les InvalidesChapitre 187 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Le bey est ensuite entré dans l'église, où les aumôniers se sont empressés de lui montrer les drapeaux qui en décorent les voûtes.

« La France, a dit le bey, n'entreprendra jamais que des guerres justes; qu'il soit donc permis à son fidèle allié et ami de faire des vœux pour que la victoire couronne toujours les entreprises de ses armées. »

Arrivé devant le cercueil de l'Empereur, le prince s'est recueilli longtemps : « Voici, a-t-il dit , celui qui a rempli l'univers de son nom, et dont la gloire éclaire encore le monde. »

En sortant de l'église, il s'est rendu à l'infirmerie, dont il a fort admiré l'ordre et la grande propreté; s'arrètant de lui-même devant deux jeunes sœurs, il leur a dit :

« Vous êtes les mères de la victoire, les soldats ne craignent pas la mort , ils ne craignent même pas davantage les blessures, quand ils savent que vos mains doivent les panser, et que vous leur réservez dans cette maison les mêmes soins qu'ils trouveraient dans leurs familles. »

La salle des plans-reliefs a excité l'admiration du bey ; chaque plan arrachait à sa prompte intelligence une foule d'observations fines et sensées ; son esprit pénétrant devançait la fin des explications commencées, et, avant que l'on eût fini de les lui traduire, il expliquait à ses généraux les choses

qu'ils avaient sous les yeux. C'est ainsi qu'il leur a développé lui-même tout le système de défense du fort l'Écluse.

Dans la galerie consacrée aux portraits des divers gouverneurs, Son Altesse s'est arrêtée devant ceux de Louis XIV et de Napoléon.

« Je vois, a-t-il dit, que chez vous tout a été créé pour faire naître dans les armées une constante émulation. Depuis le soldat jusqu'au maréchal, chacun trouve ici sa récompense. »

On lui a montré ensuite la dernière aigle de l'Empire, cette aigle que l'Empereur embrassa à Fontainebleau. Comme on lui montrait encore l'épée de l'Empereur : « Cette épée, dit-il, a remporté bien des victoires, mais la plus belle c'est, quand les Français s'égorgeaient entre eux, de les avoir défendus contre eux-mêmes et de leur avoir donné la paix ; cette paix qu'un autre grand roi leur conserve sans qu'il leur en ait coûté une goutte de sang. )> Ce sont là ses propres paroles.

Le bey n'a pas voulu quitter l'Hôtel sans prendre congé de son vénérable gouverneur. Le maréchal avait fait préparer dans ses appartements une collation dont madame la duchesse de Lîeggio a fait les honneurs avec toute la grâce qui lui est naturelle. Son Altesse a paru fort sensible à cette attention et a de nouveau remercié M. le duc de Reggio, en le priant de transmettre à ses braves invalides l'ex-

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