LIVRE QUATRIÈME
tel que je l'ai vu, tel que je l'ai aimé , tel qu'il me sera éternellement cher.
» La force , fécondée par le plus opiniâtre travail et animée par le plus ardent amour du devoir, la force intelligente et patriotique , voilà le général Duvivier, ce soldat toujours maître de toutes les situations de guerre où il s'est trouvé, ce citoyen toujours prêt à l'abnégation complète de lui-même , cet organisateur puissant sous la main duquel les éléments les plus rebelles se plièrent et s'unirent en ensembles réguliers et solides.
<( Nourri à se dévouer pour la patrie par un père officier supérieur, qui le lui consacra dès sa naissance en le nommant Franciade-Fleurus, et par une mère digne des plus beaux temps de notre pays, comme elle l'eût été des plus beaux temps de Rome; Duvivier, depuis le jour où, encore élève de notre admirable École polytechnique, il lira contre l'étranger le dernier coup de canon de 1814, jusqu'au jour où , glorieux vétéran , il vient de tomber en défendant les lois et la paix publique contre des malheureux poussés par des insensés, Duvivier a toujours dignement répondu à l'appel de la patrie.
» La vie de Duvivier, toute militaire, hors les trop courts moments où il eut l'honneur de siéger dans l'Assemblée nationale, sur les bancs de laquelle 18,200 électeurs de Paris l'avaient porté, cette vie
si pleine fut marquée pendant les années de paix par des services continus en France , en Corse , aux Antilles, et par des ouvrages écrits avec le style de fer d'un Spartiate, mais qui révélèrent en lui le tactitien éminent, l'administrateur habile, l'homme à qui ses pensées appartiennent. Au moment de sa mort , il travaillait à un livre où son immense érudition, son esprit sagace, son bon sens, instinct réfléchi de ses longues méditations, son infatigable patience, essayaient de reconstruire de toutes pièces, avec les débris d'une antiquité perdue avant lui, cette langue phénicienne qu'il cherchait pour découvrir l'histoire vraie du grand peuple rival des Romains, et, par cette histoire, celle des peuples plus anciens encore, et peut-être les origines de notre civilisation.
» Pendant les années de guerre, sa vie n'est qu'une suite d'actions honorables ou héroïques, à partir du moment où, simple capitaine du génie, il mit, en 1830, le pied sur la terre d'Afrique, jusqu'à l'époque regrettable où il la quitta, en 1841, grand officier de la Légion d'honneur et général.
» A ses compagnons d'armes, à l'élite des capitaines qui servirent sous les ordres du général Duvivier ou près de lui, à l'histoire nationale laissons le soin de retracer une carrière si pleine d'enseignement pour notre armée, et en même temps si capable d'enflammer son courage ! Mais qu'il me