‹ Les InvalidesChapitre 205 sur 322 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

soit permis du moins de rappeler cette singulière et fatale destinée du général , que c'est dans Paris qu'il a été frappé de balles parricides, et que nul n'a porté plus haut que lui le renom des enfants de Paris et ne leur a été plus cher. Deux fois on les lui confia, bouillants encore de la guerre civile et enivrés de toutes les illusions, de toutes les colères, de toutes les passions déchaînées; deux fois il en fit des modèles de patriotisme et d'honneur, deux fois il en fit des remparts de la patrie.

» Sans doute, cet homme, stoïque pour lui-même, fut dur et inflexible à l'intrigue et à tous ceux qui, pour un vil intérêt ou une vaine ambition, n'essayent que trop souvent d'imiter le beau, le vrai, le simple.. Mais quand il avait donné son estime, de quelle naïveté de cœur, de quelle sûreté de commerce, de quel dévouement il l'accompagnait et la prouvait ! Son âme si sévère et qui , par sa sévérité même , éloigna de lui , trop longtemps pour le bien de la patrie, et les honneurs et les fonctions, et ceux qui les distribuent ; son âme était aussi compatissante que généreuse. Savez-vous ce qui le préoccupait lorsque sur son lit de mort il livrait sciemment son dernier combat? Voici les paroles que lui arrachait le délire de la douleur, je dis lui arrachait, parce que, s'il n'eût déjà été affaibli, il les aurait concentrées en lui-même , comme il y concentrait tout ce qu'il ne pouvait réduire en acte : « Pauvres ouvriers !

» que va-t-il advenir d'eux? Certes ils ont besoin » d'être contenus : un bras fort y est nécessaire. » Mais en même temps , du moins , que la main de m la patrie s'ouvre pour ceux qui le mériteront ! »

» Et celui qui prononçait de telles paroles se voyait mourir dans sa force, lue par deux balles sorties des rangs où ne se trouvaient que trop d'ouvriers.

» Ce n'est pas seulement la vertu humaine qui inspirait Duvivier, c'était aussi sa vertu religieuse; passionné pour la règle et pour l'ordre , il adorait un ordonnateur suprême, il est mort en chrétien. »

Duvivier (Franciade-Fleurus), né à Rouen le 7 juillet 1794, entra à l'École polytechnique en 1812. Il en sortit avec le grade de sous-lieutenant d'artillerie, et fit en cette qualité la campagne de I SI i. Capitaine dans la même arme en 1823, il fut envoyé par le gouvernement près du bey de Tunis, qui avait demandé à la France des officiers capables pour l'instruction de ses troupes. De retour dans son pays en 1830, il fut dirigé sur l'Afrique. Duvivier, nommé presque à son arrivée commandant <lu bataillon des zouaves qu'on venait de former à Alger, trouva bientôt l'occasion de se signaler sur cette terre dont nous commencions la conquête. Au mois de novembre 1830, le maréchal Clauzel avait <lù avancer jusqu'à Médéah, situé dans les monta-

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