LIVRE QUATRIÈME
« Messieurs,
» Les services militaires de M. le maréchal Bugeaud d'Isly appartiennent à deux époques.
» L'armée de l'Empire, si noblement représentée dans cette enceinte par les illustrations et les glorieux vétérans qui nous entourent, se rappelle le soldat vélite de 1804, conquérant successivement tous les grades sur les champs de bataille d'Austerlitz, d'Iéna, de Pultusk, d'Eylau et de Friedland, au prix de son sang généreux.
» L'armée de l'Empire a confirmé l'histoire écrite par l'illustre chef de l'armée d'Aragon. Le maréchal Suchet signale presque à chaque page l'intrépidité et la remarquable intelligence de la guerre du chef de bataillon Bugeaud, dont le nom se trouve inscrit sur les mémorables bulletins datés de Tortose, de Valence, d'Alicante, d'Ordal et du Lobréga.
» L'armée de l'Empire enfin nous a transmis comme un des actes les plus glorieux de nos fastes militaires le dernier combat livré en 1815 pour la défense du territoire français envahi par la coalition de l'étranger.
» Le colonel Bugeaud, commandant le 4 4e de ligne, était aux avant-postes de l'armée des Alpes. Il reçoit le même jour la nouvelle de la bataille de Waterloo et la députation qui lui apporte l'aigle remise au Champ de Mai .
» Une division autrichienne de douze mille hommes est en marche pour attaquer la position occupée par les dix-sept cents soldats du 1 4e. Le colonel Bugeaud réunit son régiment, lui remet l'aigle et termine son allocution chaleureuse par les paroles suivantes : « Vous jurez tous que tant qu'un soldat du 1 4e sera » debout , cette position sera défendue et que pas » une main ennemie ne touchera le drapeau sacré » de la patrie. »
» Le serment est répété avec enthousiasme, et, après dix heures de combat, la division autrichienne repoussée laisse deux mille hommes sur le champ de bataille, neuf cent soixante prisonniers entre les mains des braves soldats qui ont si vaillamment répondu à l'entraînement patriotique de leur intrépide colonel.
» Les souvenirs de la seconde époque remontent à 1 836 ; c'est dans la province d'Oran que le général Bugeaud vient, pour la première fois, donner à la jeune armée d'Afrique l'appui de son expérience et de sa valeur. Les troupes qu'il rejoint sont réfugiées sur une plaine nue et sablonneuse. Elles viennent d'éprouver un revers. Dès le lendemain de l'arrivée du général, l'offensive est ordonnée, et quelques jours après la victoire de la Sickaek répondit aux espérances que la renommée du nouveau chef avait déjà fait concevoir.
» Quatre ans plus tard, le général Bugeaud fut