‹ Les InvalidesChapitre 219 sur 322 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

nommé gouverneur de l'Algérie au moment où la lutte y était le plus gravement engagée. Je n'entreprendrai pas de reproduire les faits si multipliés de cette guerre contemporaine. La France entière s'est associée au triomphe décerné en 1844 au conquérant et au pacificateur de l'Afrique, au vainqueur d'Isly. Mais la France ne saura jamais assez les causes de la confiance absolue que nous inspirait notre général en chef, les motifs de l'affection respectueuse que nous avions pour lui.

» Le maréchal Bugeaud possédait au plus haut degré l'énergique résolution qui grandit avec le péril, la sûreté du coup d'œil, la promptitude de la décision. Animé du plus pur patriotisme, il restait calme et maître absolu de sa pensée quand la responsabilité de ses actes s'accroissait avec la gravité des événements. Il mesurait avec un admirable sens l'importance des difficultés. Habile appréciateur des particularités de la guerre d'Afrique , il nous avait donné à cet égard des principes dont l'imitation, continuée par ses lieutenants, est aujourd'hui acceptée par tous en Algérie comme règle de conduite.

Le maréchal avait conquis l'affection de l'armée par les témoignages constants d'une sollicitude intelligente qui comprenait merveilleusement les intérêts, les sentiments et les besoins du soldat. Il savait allier à l'énergie de la volonté qui commande

la bonté communicatiye du cœur qui fait aimer le commandement. L'union de ces précieuses qualités a donné à l'illustre maréchal une popularité qui ne sera pas éphémère.

» Cent mille soldats ont pris part, sous ses ordres, à la conquête de l'Algérie ; ils vivront longtemps après lui pour répéter partout et glorifier, avant l'histoire, le nom du chef qui savait fixer la victoire à leurs drapeaux.

m Hier encore l'armée des Alpes, justement fière et confiante, espérait en lui, attendant que l'honneur de la France lui commandât le dévouement des combats.

» Tous aujourd'hui soumis à la volonté de Dieu qui l'appelle, unanimes dans notre profonde douleur, nous apportons sur sa tombe le tribut de notre admiration et de nos regrets, la promesse de la fidélité du souvenir. »

Les deux discours rapportés ci-dessus ont été écoutés avec un sentiment unanime de sympathie et de respect par tous les assistants, pénétrés, comme ceux qui venaient de les prononcer, de la plus douloureuse émotion.

Après les dernières paroles de M. le général Bedeau, le cercueil ayant été descendu du char, de nouveaux sanglots ont accompagné les restes de l'illustre maréchal dans le caveau de l'église, où

Page 1