LIVRE QUATRIÈME
Cette ville aux abois, qui attendait la destruction dont la menaçaient ces hordes féroces, lui offre de riches présents. Toujours pur, toujours modeste, Molitor n'accepte que les vœux, rentre en Dalmatie, et les Ragusains, dans leurs églises, ajoutent au Domine salvum accoutumé et liberatorem nostrum Molitorem.
» En 1807 il part avec ses troupes de l'Adriatique pour la Baltique, repousse le roi de Suède, s'empare de Stralsund et gouverne la Poméranie suédoise. A son départ, une feuille allemande s'exprimait ainsi :
« La satisfaction d'être dispensés de l'entretien » d'une nombreuse division se trouve bien diminuée » pour les habitants par le départ de l'excellent » général qui a su si bien concilier la justice la » plus exacte avec ses devoirs envers l'Empereur » et dont la conduite mérite notre amour et notre )> respect. »
» En 1809 on le trouve en Allemagne sous Masséna; il sauve un corps d'armée bavarois dont le chef reconnaissant s'exprime ainsi : « La division » Molitor sauva les Bavarois en marchant à leur » secours et conserva au milieu de leur pays la » sévère discipline qui a toujours distingué les » troupes commandées par ce général. »
» A Lobau, à Essling, à Wagram, Molitor toujours au premier rang.
» En 1810 il va occuper les villes hanséatiques ; là, j'ai entendu dernièrement les mêmes hommages qu'il y a quarante-deux ans j'entendais à Raguse.
» En 181 1, gouverneur de la Hollande, qu'il ne quitta que lors de nos désastres de 1813 et après de nombreux combats tous dignes de lui; c'est alors que le prince Lebrun écrivait :
« Si quelqu'un avait pu conserver la Hollande à » l'Empire, c'était Molitor, non-seulement grand » capitaine, mais encore excellent administrateur ; » ce qui l'honore par-dessus tout, c'est cette glo- » rieuse médiocrité de fortune qui dépose si haut » en faveur de sa sévère probité. »
» Rentré en France avec Macdonald, il défendit pied à pied le sol de la patrie. En 1815, envoyé en Alsace, en un instant il organisa vingt-cinq mille hommes. Il était aux prises avec l'ennemi lorsqu'une paix trop prompte et trop chèrement achetée vint lui arracher ses armes. Proscrit d'abord, il fut quelques années après chargé d'inspections générales, et c'est à lui surtout qu'on doit les excellentes bases sur lesquelles s'est formée notre nouvelle armée.
» Après la campagne d'Espagne de 1823, il fut nommé maréchal et pair de France et se trouva ainsi arrivé au sommet des dignités publiques sans avoir jamais cherché une faveur.
» Telle a été la longue et glorieuse carrière du