‹ Les InvalidesChapitre 23 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

décision soit plus éclairée. Pour moi, je vous assure qu'en abrégeant beaucoup ce que j'ai à dire sur cet objet, je parlerai pendant plus d'une heure et demie. Lorsque l'hôtel des Invalides fut établi, il y a cent vingt ans, on fit les mêmes objections que l'on fait aujourd'hui, mais on y répondit victorieusement. Cet établissement a servi d'exemple à toute l'Europe; comment justifierez-vous sa suppression; comment légitimerez-vous la barbarie de rejeter de leur asile des militaires invalides, pour leur donner une pension à tant par bras perdu au service de la patrie , comme si un homme qui a un bras de moins pourra vivre avec cent livres de plus quand il sera

isolé Je demande le renvoi de la décision à mardi

prochain. »

L'ajournement est adopté.

M. de Noailles prend la parole contre le rapport du comité de la guerre et s'exprime ainsi qu'il suit :

« M. l'abbé Maury sera sans doute prêt à parler jeudi. Lorsque M. Breteuil proposa de changer l'hôtel des Invalides en un hôpital, M. Bailly, académicien, aujourd'hui maire de Paris, fit un mémoire extrêmement développé; des écrits multipliés furent publiés sur cette matière, et M. l'abbé Maury en a sans doute eu connaissance. A l'époque où M. de Saint-Germain fit un plan militaire extrême-

ment condamnable, il parut de nouveaux écrits extrêmement instructifs sur cet objet.

» Quant à ce qu'a dit M. l'abbé Maury, que la ville de Paris aurait bientôt besoin d'un grand nombre d'hôpitaux, je crois que c'est la vérité; car on ne permettra certainement plus qu'on mette, comme sous l'ancien régime, six ou huit malades dans un même lit, qui devient pour eux celui de la mort. »

L'ajournement fut prononcé.

Tel était l'état de la question quand la mémorable discussion de 1791 s'ouvrit le 23 mars.

A l'ouverture de cette séance, Dubois-Crancé prit la parole. Rappelant son rapport du 4 5 février, il insista pour qu'il fût pris en considération; se fondant sur ce que la majorité des officiers, sousofficiers et soldats invalides adhérant d'avance au rapport juste et bienfaisant du comité militaire, elle attendait avec une respectueuse et entière confiance que l'Assemblée nationale, sous la sauvegarde de laquelle elle se mettait, voulût bien combler ses vœux.

La cause de l'Hôtel semblait perdue, lorsque le député Guillaume, orateur peu connu jusque-là, se chargea courageusement de répondre le premier : ce Votre comité militaire, dit-il, en vous présentant un plan de suppression de l'hôtel des Invalides, s'est proposé trois objets principaux : 1° de rendre à la liberté cette classe d'hommes qui, ayant au

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