LIVRE DEUXIEME
dehors protégé la nôtre, a bien acquis le droit de mettre un intervalle entre la dépendance et la mort ; 2° d'économiser les frais excessifs d'une administration trop dispendieuse; 3° de faire servir cette économie au soulagement de cette multitude de militaires répandus dans le royaume sous la dénomination d'invalides pensionnés. La base de ce projet est l'établissement de quatre-vingt-trois hospices qu'on appellerait hospices de la patrie , et qui ne seraient en effet que quatre-vingt-trois hôpitaux. Pour moi, frappé de respect et d'admiration pour le monument que l'humanité consacra au courage, je ne croyais pas possible d'ériger des trophées plus honorables à la vertu guerrière. C'est dans la capitale, c'est sous les yeux du monarque, c'est au milieu des compagnons de ses travaux, dans un temple dont les ornements lui rappelaient sans cesse ses exploits, que le vieux soldat ATenait recueillir le prix de ses fatigues. L'envie des nations étrangères , un si grand exemple imité par quelques-unes assez riches pour y pourvoir; les éloges de cet établissement portés dans toute l'Europe par la renommée; tout me persuade que je ne me suis point trompé en regardant ce monument comme l'honneur de mon pays, quoique le rapport de votre comité militaire soit venu suspendre un instant mon admiration.
» Comment se persuader que les frais de quatre-
vingt-trois hospices soient moins dispendieux que ceux d'un seul? N'est-ce pas une vérité triviale que les dépenses d'une seule administration diminuent proportionnellement en raison de l'augmentation du nombre des administrés?...
» Qu'on me permette une autre observation plus générale et plus étendue. Le citoyen qui a perdu ses membres au service de la patrie doit appartenir à la nation tout entière. Il y a donc de l'inconvenance à isoler ces hospices. Ce devoir sacré de pourvoir à l'entretien de ces guerriers généreux est le plus bel apanage du Corps législatif; l'hôtel des Invalides doit être sous la protection immédiate de l'Assemblée nationale ; la dépense doit être acquittée des fonds du trésor public; la plus grande solennité doit présider à l'admission des sujets. Au lieu de dénaturer cette institution sublime, il me semble plus digne de l'Assemblée nationale d'en réformer les abus, d'y ajouter tout l'éclat dont le nouveau régime peut la rendre susceptible, de la décorer de tout ce qui peut honorer ces respectables vieillards et leur rappeler le souvenir de leurs exploits. Je conclus donc à la conservation de l'hôtel des Invalides. »
Custine prit ensuite la parole et soutint que, le projet de supprimer l'Hôtel ayant été proposé par un ministre économe, l'institution des Invalides ne pouvait être défendue.