LIVRE QUATRIÈME
faisait l'extrême gauche, le général en chef, se voyant forcé à sa droite et au centre, envoya à plusieurs reprises au général Gérard l'ordre de faire sa retraite; celui-ci, au lieu de se retirer, attaqua vivement les Prussiens, les culbuta et pour la seconde fois rappela sous nos drapeaux la victoire infidèle. Après cette affaire, le comte Gérard, quoiqu'il ne fût lieutenant général que depuis moins d'un an et qu'il fût le plus jeune officier supérieur de ce grade , reçut le commandement du 1 1 c corps , et fut forcé de le garder pendant tout le reste de la campagne. Sa modestie était alarmée de cette préférence; rempli d'égards et d'attachement pour ses frères d'armes et craignant blesser ceux qui étaient ses anciens, il fit de nobles représentations sur son appel au commandement, mais il fallut obéir aux ordres formels de l'Empereur. Il justifia cette préférence et sut se la faire pardonner par ses camarades. Après avoir contribué aux succès de la campagne de Saxe, le 1 1e corps dut en partager les revers. A la bataille de Katzbach, le général Gérard, quoique blessé d'une balle à la cuisse, ne quitta pas le champ de bataille. A la seconde journée de Leipzig, il reçut à la tête une blessure plus grave qui vainquit son obstination à rester sur le champ de bataille. Il fut cependant assez tôt rétabli pour prendre part à cette dernière et fameuse campagne des plaines champenoises. Aux derniers jours de
1813 il fut nommé commandant du corps des réserves de Paris, composé seulement de conscrits qui furent en ligne devant l'ennemi aux premiers jours de 1814. A la bataille de la Rotière il commandait l'aile droite, et malgré les attaques les plus opiniâtres d'un ennemi supérieur en nombre, il garda toutes ses positions et n'abandonna qu'à minuit, et par ordre formel de l'Empereur, la défense du pont de Dieuville. A Montereau, l'action avait commencé à neuf heures du matin , et les diverses attaques des Français avaient été repoussées ; vers une heure, l'aide de camp de Napoléon, comte Dejean, porte l'ordre au général Gérard de se mettre à la tête des troupes. Soudain, celui-ci fait de nouvelles dispositions, il ordonne un mouvement général, enlève toutes les positions de l'ennemi, le culbute sur tous les points, le poursuit l'épée dans les reins et lui prend un grand nombre de canons, de drapeaux et de prisonniers. Toutes les affaires de cette campagne , et celle de Montereau en particulier, sont remarquables par ces deux circonstances : que les Français combattaient contre des forces au moins triples en nombre; et que nous n'avions guère que des conscrits, non encore habillés et exercés, à opposer à des troupes aguerries et dont le courage s'enflait par l'orgueil de leurs derniers succès. Au 22 mars 1815 le lieutenant général Gérard se trouvait en Alsace, où il rem-