‹ Les InvalidesChapitre 25 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Ce fut alors que l'abbé Maury, avec l'autorité de son nom et de son talent, se dirigea vers la tribune et dit :

« Vers la fin de l'année dernière, le Roi a nommé deux commissaires pour examiner l'administration des Invalides, et a invité l'Assemblée à en nommer également deux. Nous n'avons pas entendu parler du résultat des recherches de ces commissaires. Le projet de votre comité militaire est un exemple de cet esprit de vertige et de je ne sais quelle fatalité qui menace d'une suppression inévitable tous les établissements dont on dénonce les abus. Le comité a fait précisément le contraire de ce que vous lui demandiez : il a mis à l'écart ce que vous attendiez de son zèle; il a perdu de vue votre intention et ses devoirs, car jamais vous ne l'aviez chargé de vous proposer une suppression , vous vouliez qu'il vous fit connaître les abus et les moyens de les réformer; il ne vous en dénonce aucun. Au lieu de la réforme que vous attendiez, vous ne voyez que le résultat de l'esprit de destruction ; vous voyez mettre l'art des systèmes à la place de la science de l'administration. Pour moi, persuadé que votre comité s'est trompé dans ses vues, j'espère démontrer que cette suppression serait désastreuse; je combattrai ce que le comité a voulu faire et je suppléerai ensuite à ce qu'il n'a pas fait.

» Il est facile de prouver que l'établissement de

l'hôtel des Invalides est non-seulement utile, mais nécessaire dans un grand empire. Saint Louis fut le premier de nos rois qui conçut le grand projet d'acquitter cette dette sacrée de la nation envers ses défenseurs : de retour des croisades, il fonda l'hôpital des Quinze-Vingts. A mesure que les guerres devinrent plus fréquentes, on s'aperçut que des hommes accoutumés au métier des armes et brusquement licenciés devenaient dangereux.

«Duguesclin, ce héros de la chevalerie, passa une partie de sa vie à réprimer les brigands qu'on appelait alors les bandes noires. A peine le bon roi Louis XII voulut-il faire vivre son peuple dans la paix, qu'il sentit le besoin d'établir des asiles pour ses anciens militaires. Henri IV, après avoir chassé les Espagnols de la France, sentit comme Louis XII la nécessité d'enchaîner, pendant la paix, le courage de ses troupes. Louis XIV effectua ce projet et relégua les vétérans aux frontières; mais ils y devinrent encore dangereux, en protégeant le commerce des contrebandiers. Il les distribua ensuite dans les monastères, d'où leur vient le nom de moines lais; mais accoutumés à la vie militaire, ces soldats importunèrent bientôt leurs hôtes, qui s'affranchirent, en payant, de l'obligation de les loger. xVlors on les vit, après avoir vendu leur domicile, et dépensé le produit à des excès de débauche, réduits à la mendicité; au lieu de s'avilir en ten-

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