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LIVRE QUATRIÈME

roi en sollicitant sa grâce, qui lui a été aussitôt accordée. Ce pauvre invalide pourra donc retourner au milieu de sa famille, revoir le foyer paternel, s'il ne préfère profiter encore de l'hospitalité qu'il a trouvée dans sa patrie adoptive.

Les obsèques de l'amiral Bruat ont été célébrées aujourd'hui, à midi, dans l'église des Invalides.

Les détachements des différents régiments de la garnison de Paris, sous les ordres du général Grésy, occupaient, aux abords de l'Hôtel, les positions qui leur avaient été assignées; l'artillerie était rangée sur la place Yauban. Les invalides formaient la haie dans la cour d'honneur et dans l'église.

Des salves d'artillerie ont annoncé le commencement et la fin de cette solennité funèbre.

La façade et l'intérieur de l'église des Invalides avaient été entièrement tapissés de tentures de deuil, sur lesquelles se détachaient, au milieu des trophées, l'écusson de l'amiral et le nom des lieux où il s'était illustré : Navarin, Alger, Taïti, la Martinique, Sébastopol, Kerlch, Kinburn.

Un riche catafalque, étincelant de lumières et surmonté d'un immense baldaquin suspendu à la voûte, s'élevait dans la grande nef, à l'entrée du chœur.

Aux quatre coins se tenaient : LL. EExc. l'amiral Hamelin, ministre de la marine; l'amiral Parseval- Deschènes; le maréchal Vaillant, ministre de la

guerre ; le maréchal Magnan , commandant en chef l'armée de l'Est.

Les membres de la famille de l'amiral Bruat, le contre-amiral Jurien de la Gravière, son chef d'étatmajor et ses aides de camp, qui ont accompagné son corps jusqu'à Paris, étaient placés en avant du catafalque.

Dans le chœur de l'église avaient pris place : le comte Roguet, aide de camp de l'Empereur, et Favé, l'un de ses officiers d'ordonnance, envoyés par Sa Majesté pour assister aux obsèques de l'amiral ;

Le général Canrobert, aide de camp de l'Empereur, ancien commandant en chef de l'armée d'Orient ;

Le général marquis de Ricard, premier aide de camp de S. A. I. le prince Jérôme Napoléon, et le capitaine de vaisseau Défiance, l'un de ses aides de camp; le colonel Desmarest, premier aide de camp de S. A. I. le prince Napoléon; le baron de Bougenel, chevalier d'honneur de S. A. I. la princesse Mathilde ;

LL. EExc. lord Cowley, ambassadeur d'Angleterre; Mehemet-Bey, ambassadeur de la Sublime Porte ; le baron Hubner, ministre plénipotentiaire d'Autriche, et plusieurs autres membres du corps diplomatique.

LL. EExc. les ministres et les présidents du Sénat, du Corps législatif et du conseil d'État;

Le général comte d'Ornano, gouverneur des Invalides, avec le général Sauboul et l'état-major de l'Hôtel ;

Le général marquis de Lawœstine , commandant supérieur de la garde nationale ;

Les membres du conseil de l'amirauté et un grand nombre d'officiers supérieurs de la marine et de l'armée de terre ; le premier aumônier et plusieurs aumôniers de la flotte ;

Des membres du Sénat , du Corps législatif et du conseil d'État;

Des dépulations de la Cour de cassation, de la Cour des comptes et de la Cour d'appel assistaient également à la cérémonie.

La messe a été célébrée par l'aumônier des Invalides.

Mgr l'évêque de Tripoli, assistant de Mgr l'archevêque de Paris, a fait l'absoute.

Après la cérémonie , le corps a été placé sur un char funèbre orné de drapeaux et de trophées, et conduit par les boulevards au cimetière du Père- Lachaise.

La population se découvrait respectueusement sur le passage du cortège et témoignait des regrets unanimes qu'inspirait à la France la perte prématurée de l'illustre amiral.

Le contre-amiral Jurien de la Gravière a prononcé sur la tombe de l'amiral Bruat les paroles suivantes :

« Messieurs,

» Ces restes mortels que nous honorons et que nous avons pieusement suivis jusqu'à leur dernière demeure n'étaient point notre illustre et cher amiral tout entier. J'en atteste la foi et les espérances de celui que nous pleurons. Devant sa tombe entr'ouverte c'est encore sa pensée qui me soutient et dont j'écoute les inspirations. Je me demande quels eussent été ses sentiments, quelles auraient été ses paroles, s'il lui eût été donné d'accompagner jusqu'en ce lieu de repos les chefs vénérés sous lesquels il nous avait appris comment il fallait servir, avant de nous montrer comment il fallait commander.

» L'amiral Bruat était né pour la guerre; il n'avait de goût, de penchant décidé que pour le métier des armes. Tout en lui était instinct et vertu militaires. Mourir sur le champ de bataille était selon lui la fin la plus enviable , celle à laquelle nous l'avons vu ne pouvoir accorder de pieux regrets sans y mêler quelques-uns de ces accents qui trahissaient la secrète tierté de son âme. Cette fin n'a point été la sienne ; mais il est mort debout ; il est mort à son poste, donnant à son pays, donnant à l'Empereur le dernier souffle de sa vie, la dernière étincelle de ce feu sacré qui soutenait encore ses forces depuis longtemps épuisées.

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