LIVRE QUATRIÈME
» L'amiral Bruat a joui sans doute pendant sa vie d'une grande popularité : il la devait à la séduction de son esprit, à l'attrait irrésistible de son brillant courage, à la gracieuse bienveillance de sa nature , ennemie de tout apprêt et de toute ostentation ; mais cette responsabilité que nous le voyons porter si légèrement, nous n'en comprenions qu'à demi les charges et la gravité. Ces difficultés qu'il semblait ignorer nous auraient apparu le jour où il n'eût plus été là pour les conjurer.
La tâche qui lui était échue nous a souvent semblé une tâche aisée, parce qu'il l'accomplissait sans effort et sans préoccupation ; mais ce n'était point une tâche faite pour des forces ordinaires. L'amiral Bruat s'y est usé lui-même, et sur sa tombe prête à se fermer, nous avons le droit de nous dire, ce sera notre meilleure consolation, la seule qui soit digne de celui qui n'est plus : La mort de l'amiral Bruat est une grande perte pour la marine, un grand deuil pour le pays, un juste sujet de regrets pour l'Empereur ; mais la mort de l'amiral Bruat est pour nous qui lui survivons un noble exemple. Il est mort en faisant son devoir; il est mort en soldat et en chrétien. Que Dieu reçoive son âme et que la terre lui soit légère ! »
L'Empereur ayant ordonné que les trophées provenant de la forteresse de Sébastopol seraient
déposés aux Invalides , ces trophées , consistant en deux grands drapeaux et quatre pavillons, ont été apportés aujourd'hui 1 4 janvier, en grande pompe, par le chef d'escadron de Ghamberet, aide de camp du maréchal Vaillant.
Reçus dans la cour d'honneur par le * général Sauboul , commandant l'Hôtel , ces drapeaux et pavillons ont été portés par des légionnaires invalides à l'église et appendus sur-le-champ à ses voûtes.
Naissance du Prince Impérial.
Une salve de cent un coups de canon, tirée de la batterie des Invalides, vient d'annoncer à la capitale que le matin, 16 mars 1856, à trois heures un quart, S. M. l'Impératrice est heureusement accouchée d'un prince.
Dès le milieu de la nuit dernière, Sa Majesté avait ressenti les premières douleurs; elles se sont prolongées, d'une façon régulière, jusqu'au moment de l'heureuse délivrance.
L'Empereur, qui s'était rendu auprès de l'Impératrice aussitôt que les premiers signes d'un accouchement prochain s'étaient manifestés, a entouré des soins les plus touchants Sa Majesté , auprès de laquelle se trouvaient son auguste mère; madame la princesse d'Essling, grande maîtresse de la maison ; madame l'amirale Bruat, gouvernante des enfants