LIVRE QUATRIÈME
Le deuil était conduit par les trois fils du maréchal , suivis d'un concours nombreux de parents et d'amis, parmi lesquels on remarquait des compagnons d'armes de l'illustre défunt.
Les cordons du poêle étaient tenus par LL. EExc. le maréchal comte Randon, ministre de la guerre; le maréchal Magnan , commandant le premier corps d'armée; le maréchal duc de Malakoff, grand chancelier de l'ordre impérial de la Légion d'honneur; le maréchal Canrobert, commandant le troisième corps; le maréchal Regnaud de Saint-Jean d'Angély, commandant en chef la garde impériale, et M. de Royer, premier vice-président du Sénat.
Trois maîtres des cérémonies, portant sur des coussins le bâton et les nombreuses décorations du maréchal, marchaient immédiatement après le
char.
Une salve de onze coups de canon a salué l'arrivée du cortège aux Invalides; le corps était attendu à la grille principale par le général de division comte d'Ornano, gouverneur de l'Hôtel, entouré de son état-major, et à la porte de l'église par le clergé de Saint-Louis des Invalides.
Après les prières d'usage, le cercueil a été déposé sous un magnifique catafalque élevé au milieu de la uef. Au-dessus du catafalque était suspendu un immense baldaquin d'où descendaient des draperies funéraires rehaussées d'hermine. Les tribunes supé-
57i LES INVALIDES.
Heures du chœur et des bas-côtés étaient réservées aux dames de la famille et aux personnes munies de billets ; la décoration intérieure de l'église répondait par sa richesse et son caractère au sentiment de tristesse et de grandeur que laisse après elle la valeur militaire unie aux vertus les plus modestes et les plus élevées.
Les tentures étaient tapissées d'écussons portant le nom des lieux où s'était illustré ce guerrier : Nervinde, Toulon, Montebello, Dégo, Lodi, Rivoli, Caldiero, Zurich, Gènes, Austerlitz, Téna, Pultusk, Wagram, Pancorbo, Toulouse, Waterloo.
La famille du maréchal était placée en avant du catafalque. LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, LL. AA. II. le prince Jérôme Napoléon, le prince Napoléon , la princesse Clotilde Napoléon et la princesse Mathilde s'étaient fait représenter par des officiers de leurs maisons. S. É. Mgr le cardinal archevêque de Paris occupait une estrade d'honneur à droite de l'autel. A midi, M. le curé de Saint-Louis des Invalides a commencé l'office, pendant lequel la musique de la garde de Paris a exécuté des symphonies funèbres.
Apres l'absoute, qui a été faite par S. É. le cardinal archevêque de Paris, une seconde salve de onze coups de canon a annoncé que le corps allait quitter l'hôtel des Invalides. A ce moment les troupes formant la tète du cortège se sont mises en
marche sous les ordres du général de division Soumain, commandant la subdivision de la Seine et la place de Paris.
Malgré l'extrême rigueur du temps, une foule immense se pressait sur tous les points du long parcours qui conduit de l'hôtel des Invalides au cimetière du Père-Lachaise et manifestait par une attitude recueillie ce profond et sympathique respect qui est chez nous le prix de toutes les gloires, et surtout de la gloire des armes.
Le corps du maréchal a été inhumé dans le caveau qui déjà renferme les restes glorieux de Masséna.
Ce matin, 29 mai 1 860, par ordre de l'Empereur, six drapeaux dont quatre autrichiens, pris sur les champs de bataille de Magenta et de Solferino , et deux africains, pris dans la dernière campagne du Maroc , ont été apportés du palais des Tuileries à l'hôtel impérial des Invalides, escortés par un fort piquet de l'escadron des cent-gardes.
Ces glorieux trophées ont été reçus dans la cour d'honneur par M. le général gouverneur comte d'Ornano, accompagné de son état-major, et en présence des divisions d'invalides rangés en bataille dans cette cour, puis portés immédiatement à l'église pour être appendus à ses voûtes.
Aujourd'hui, I i juin, à six heures du malin, une
salve de cent un coups de canon, tirée par la batterie d'artillerie de l'Hôtel, a annoncé à la capitale la réunion à la France de la Savoie et de l'arrondissement de Nice.
Deux autres salves de vingt et un coups ont été tirées par la même batterie, l'une à dix heures pour annoncer le Te Deum, l'autre au moment où l'Empereur est arrivé au Champ de Mars, où Sa Majesté a passé la revue de la garde nationale et de l'armée de Paris.
La cérémonie religieuse et militaire des funérailles de S. Exe. l'amiral Parseval-Deschènes, sénateur, grand-croix de la Légion d'honneur, a eu lieu hier, 16 de ce mois, à midi, dans l'église de l'hôtel impérial des Invalides.
Dès onze heures du matin , les troupes destinées à rendre à l'illustre amiral les honneurs funèbres étaient réunies sur l'esplanade des Invalides.
Elles se composaient de huit bataillons d'infanterie, un bataillon de chasseurs à pied, deux escadrons de cavalerie , deux batteries attelées , an bataillon et un escadron de la garde de Paris, avec chefs de corps, drapeaux et musique.
La garde impériale était représentée par un bataillon et un escadron.
Ces troupes sont restées massées autour de l'hôtel des Invalides pendant le service religieux ; elles