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LIVRE QUATRIEME

Après le service Mgr le cardinal grand aumônier a fait l'absoute, puis un détachement de cent-gardes, qui avait été préposé à la garde du cercueil, l'a porté dans le caveau qui avait été préparé pour le recevoir.

Les dernières prières y ont été dites en présence de S. A. I. le prince Napoléon, de S. A. le prince Murât, du ministre de Wurtemberg et du ministre de Sardaigne, des ministres de la couronne, des membres du conseil privé, des maréchaux et des amiraux.

Une dernière salve d'artillerie a annoncé l'inhumation et la fin de la cérémonie religieuse.

Pendant cette journée de deuil, la garde nationale, l'armée et la population de Paris ont donné , par leur empressement à honorer la mémoire de S. A. I. le prince Jérôme Napoléon, une nouvelle preuve des sentiments de respect et d'amour qui animent la France pour la famille impériale.

Un adieu suprême est dû au dernier représentant de la grande époque , au dernier né de la première génération des Napoléons, et qui vient de disparaître aussi le dernier. Le prince Jérôme rassemblait en lui et personnifiait tous les souvenirs, toutes les péripéties de ce siècle étonnant. Il n'avait que douze ans lorsque le héros de sa race se révélait en Italie comme le premier général des temps modernes; il n'en avait que seize lorsque la France

saluait du nom de Consul le conquérant de l'Egypte et de l'Italie; il n'en avait que vingt quand l'Empereur prenant son rang en Europe, le front ceint de la double couronne, il fut enveloppé dans sa fortune. Dès l'enfance, il avait été l'objet de sa sollicitude et de sa tendresse; mais les tendresses d'un héros ne ressemblent pas à celles du reste des hommes : l'aigle n'encourage ses petits et ne les porte encore enfants sur son aile que pour mieux les accoutumer aux abîmes.

Etre le frère d'un grand homme, d'un de ces génies de civilisation et de ces fondateurs qui créent tout autour d'eux et qui inaugurent leur race, est à la fois un grand honneur et un grand fardeau.

Il faudrait savoir et se donner et se doubler en quelque sorte ; élever son cœur en même temps qu'anéantir sa volonté propre; comprendre d'un seul coup d'œil toutes les destinées futures qui intervertissent l'ordre antérieur et s'y résigner en grandissant. Les plus nobles natures, quand elles sont déjà faites et formées, éprouvent de la difficulté à ce rôle complexe, qui exige des qualités presque contraires. Le prince Jérôme, plus jeune, devait y entrer plus aisément. L'Empereur le destinait d'abord au service de mer. Il y faisait depuis cinq ans son apprentissage, et il avait passé par les divers grades depuis celui d'aspirant, lorsque

Napoléon, dans une lettre datée de Milan et adressée au ministre de la marine (29 mai 1805), disait de lui : « M. Jérôme est à la voile, à bord de sa frégate : je vous ai déjà fait connaître que vous rangiez sous son commandement Y Incorruptible et ÏUranie. Il a de l'esprit, du caractère, de la décision et assez de connaissance générale du métier pour pouvoir se servir du talent des autres. » Dans une autre lettre du même jour, Napoléon écrivait à Jérôme lui-même : « Mon frère, je vous envoie une lettre du ministre de la marine; vous y verrez tout le bien que vous pouvez faire à mes flottes par une bonne conduite. Il ne me manque point de vaisseaux, ni de matelots, ni d'un grand nombre d'officiers de zèle, mais il me manque des chefs qui aient du talent, du caractère et de l'énergie. »

Le désir, le besoin de Napoléon eût été de susciter quelque part dans les rangs trop éclaircis de ses flottes un grand homme de mer et de premier ordre qui pût tenir en échec la puissance rivale dans cette moitié flottante de l'empire du monde ; mais un tel génie, à la fois supérieur et spécial, se rencontre quand il plaît à la nature et ne se suscite pas. L'Empereur ne trouvait de ce côté que du zèle, de l'habileté pratique, des talents partiels, des courages invincibles et à l'épreuve même des revers. Le prince Jérôme se signala honorablement. Capitaine de frégate, ayant ordre en 1805 d'appa-

reiller avec la Pomone et deux bricks pour se rendre dans les eaux d'Alger et y réclamer du dey deux cent cinquante Génois, pris par les corsaires algériens et jetés dans les fers, il montra une énergie, une volonté devant laquelle la puissance barbaresque dut céder. Il ramena les Génois délivrés et reçut le grade de capitaine de vaisseau.

Mais il fit preuve surtout de résolution et d'audace lorsqu'à bord du Vétéran , en route pour la Martinique, dans l'escadre de l'amiral Villaumez, séparé tout à coup de l'escadre par une tempête, rejeté vers les côtes de France, serré de près par l'amiral Keith, il se détermine à tout plutôt que d'admettre qu'il puisse amener son pavillon. Un matelot qui sait les parages s'offre pour essayer d'entrer le Vétéran dans le petit port de Concarneau. La côte est hérissée de récifs; jamais navire de ce tonnage n'a risqué pareille aventure. N'importe ! le prince ordonne au pilote Breton de prendre la barre du gouvernail et de mettre le cap sur Concarneau. On réussit, on entre, on a échappé par ce coup hardi à l'escadre anglaise qui se croyait assurée de sa capture. Et c'est ainsi que le prince Jérôme, à peine âgé de vingt-deux ans, acquérait l'estime des marins. L'Empereur le nomma contreamiral.

A la fin de 1806 il n'y avait plus de grandes choses à tenter sur mer : l'Empire était tout du

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