LIVRE DEUXIÈME
on répar tissait entre eux seulement 900,000 livres, il ne resterait demain à l'Hôtel , comme vous l'a dit M. le rapporteur, que le gouvernement et les manieros ou moines lais. Quant à ce gouvernement, quel que soit le parti que vous preniez , vous sentirez la nécessité de réformer tant le nombre des administrateurs que leurs traitements; mais à l'égard de ces moines lais, peut-on douter que le vœu qu'ils manifestent de terminer leurs jours à l'Hôtel ne soit fondé sur les besoins et les habitudes les plus respectables? Peut-on douter que la justice et l'humanité de l'Assemblée nationale ne soient fortement intéressées à conserver en leur faveur la fondation des Invalides? Ne confondons pas les invalides proprement dits avec ceux auxquels cette dénomination ne peut appartenir, auxquels elle n'a été attribuée que sous le prétexte spécieux de quelques blessures guéries, et par une suite des abus qui ont dénaturé cette institution. L'hôtel des Invalides n'a été établi que pour les moines lais, pour les caducs; s'ils ne veulent pas l'abandonner, ce serait une souveraine injustice de les y contraindre, sous le prétexte que les vétérans valides demandent la liberté; ce serait chasser les propriétaires de leur maison , sous le prétexte que des étrangers n'en trouveraient plus le séjour commode.
» Les titres de la fondation des Invalides portent expressément que cet établissement est destiné à
mettre à l'abri de la misère et de la caducité les pauvres officiers et soldats qui , ayant vieilli dans le servie, ou reçu des blessures à la guerre , se trouvent non-seulement hors d'état de servir, mais hors d'état de rien faire pour gagner leur subsistance. Ce n'est donc que pour les vétérans infirmes que l'Hôtel a été établi; et en effet, il est évident que cet édifice serait insuffisant pour 30,000 vétérans, indépendamment qu'il serait inconvenant d'y renfermer des hommes qui peuvent encore être utiles à leur patrie. Désormais tout militaire est assuré d'être récompensé de ses longs services; les honorables blessures qu'il aura reçues, sans en devenir invalide, seront l'objet d'une indemnité; et une pension de retraite lui fournira des secours dans sa caducité.
» Vous n'aurez donc plus à vous occuper que de ceux qui, absolument hors d'état de gagner leur vie, ont, outre leur pension, besoin de secours habituel : vous laisseriez cependant à tous les vétérans actuellement dans l'Hôtel la faculté d'y rester, ou d'en sortir avec une pension de retraite; il serait juste de les considérer comme ayant les années de service nécessaires. Quant aux compagnies détachées, on pourrait les licencier; mais leur conservation présenterait de grands avantages à l'État, pour la garde des forts, des citadelles, ne fût-ce même que pour économiser les troupes de ligne. Les vétérans invalides seraient propres à ce ser-