‹ Les InvalidesChapitre 32 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

dans le sein de l'Assemblée législative , alors en permanence. Cette retraite du Roi avait donc ôté tout espoir à ceux qui voulaient le défendre, et toute crainte à ceux qui voulaient investir le château. Ces derniers, d'abord repoussés par les suisses, les accablent par leur nombre; ces militaires sont pour la plupart égorgés, le château est forcé, et cette journée est la dernière du règne de Louis XVI! Quelques jours après M. de Sombreuil était traîné à l'échafaud. Le tumulte continue le I I , le peuple, c'est-à-dire cette classe qui n'a rien et s'alimente du trouble, abat les statues des rois érigées dans les différentes places de la capitale; celle du bon Henri IV n'est point épargnée; la plupart étaient des chefs-d'œuvre.

Le 12, le Roi et sa famille sont transférés au Temple, sous la garde et la responsabilité de la commune.

Ce jour-là les ambassadeurs des cours étrangères quittent Paris.

Le 19, vers trois heures de l'après-midi, s'est présenté à l'Hôtel une cohorte d'hommes armés de piques et quelques gardes nationaux armés de fusils, ayant à leur tête un officier municipal décoré de son écharpe. Ils se sont transportés aux archives générales, dans la grande salle du conseil, à l'église et au dôme; là ils ont enlevé les timbales et les drapeaux pris sur les ennemis -de

l'État; les tableaux des rois Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, ceux des ministres, de quelques généraux, et les ont brûlés dans la cour d'honneur; puis ont ensuite détruit un buste de marbre de Louis XIV, ainsi que la statue équestre en bas -relief de ce grand Roi, placée sur le frontispice de la porte royale.

Les rois coalisés marchant contre la France, les invalides se réunirent pour voter l'adresse qui suit à l'armée française :

« Camarades et amis, du sein de la plus paisible et de la plus honorable retraite, nous avons toujours appris avec plaisir les actes d'héroïsme qui ont distingué la plupart de nos braves successeurs à la défense de la pairie. Nous vous félicitons tous de votre dévouement à la cause publique, et de votre courage à repousser les ennemis de la liberté.

» Puissions-nous être assez heureux pour vous convaincre, par l'expérience que nous en avons acquise dans de longues années de service , que la subordination d'une armée est sa principale force, que sans elle il n'existe point d'armée proprement dite, mais seulement des rassemblements de factieux qui se détruiraient eux-mêmes en détail.

» Saxe et Lowendal ne sont plus, mais vous êtes commandés par des généraux qui, comme eux, sont de vrais héros. A coup sûr, ils ne respirent que la gloire et l'honneur. Marchez sous leurs ordres

Page 1