LIVRE DEUXIÈME
mer; la terreur de nos baïonnettes est telle que les musulmans, forcés de choisir leur mort, se précipitent dans les abîmes de la Méditerranée.
» Dans cette journée mémorable furent pesées les destinées de l'Egypte , de la France et de l'Europe , sauvées par notre courage.
» Puissances coalisées, si vous osiez violer le territoire sacré de la République, et que celui qui nous fut rendu par la victoire d' Aboukir fit un appel à la nation , puissances coalisées , vos succès vous seraient plus funestes que des revers! Quel Français ne voudrait encore vaincre sous les drapeaux du Premier Consul, ou faire sous lui l'apprentissage de la gloire? Et vous braves vétérans, honorables victimes du sort des combats, vous ne seriez point les derniers à voler sous les ordres de celui qui console vos malheurs par la gloire et qui place au milieu de vous ces trophées conquis par votre valeur! Ah! je le sais , vous brûlez de sacrifier la moitié de la vie qui vous reste pour votre patrie et pour la liberté. »
Le ministre de la guerre a répondu :
« Élever aux bords de la Seine des trophées conquis sur les rives du Nil; suspendre aux voûtes de nos temples, à côté des drapeaux de Vienne, de Pétersbourg et de Londres, les drapeaux bénits dans les mosquées de Bizance et du Caire; les voir ici présentés à la patrie par les mêmes guerriers, jeunes d'années, vieux de gloire, que la victoire a
tant de fois couronnas, c'est ce qui n'appartient qu'à la France républicaine.
» Ce n'est là qu'une partie de ce qu'a fait , à la fleur de son âge, ce héros qui, couvert des lauriers d'Europe, se montra vainqueur devant les Pyramides d'où quarante siècles le contemplaient, affranchissant par la victoire la terre natale des arts, et venant y reporter, entouré de savants et de guerriers, les lumières et la civilisation.
» Soldats! déposez dans ce temple des vertus guerrières ces enseignes du croissant enlevées sur les rochers de Canope par trois mille Français à dix-huit mille guerriers aussi braves que barbares. Qu'elles y conservent le souvenir de cette expédition célèbre, dont le but et le succès semblent absoudre la guerre des maux qu'elle cause.
» Qu'elles y attestent, non la bravoure du soldat français, l'univers entier en retentit, mais son inaltérable constance, mais son dévouement sublime.
» Que la vue de ces drapeaux vous réjouisse et vous console, vous guerriers, dont les corps, glorieusement mutilés dans les champs de l'honneur, ne permettent plus à votre courage que des vœux et des souvenirs.
» Que du haut de ces voûtes' ces enseignes proclament aux ennemis du peuple français l'influence du génie, la valeur des héros qui les conquirent, et leur présagent aussi tous les malheurs de la guerre