LIVRE DEUXIEME
plus que centenaires, placés aux côtés du ministre Berthier, oubliaient, à la vue d'Aréole et d'Aboukir, les champs de Denain et de Fontenoy. Le son d'une musique guerrière, la présence de ces héros dont le retour imprévu a tout à coup fixé les destinées de la France; l'aspect de ces vieux guerriers dont l'âge a glacé les forces, mais dont le cœur bat encore pour la gloire; tout contribuait à remplir cette enceinte d'un charme secret, d'un certain respect religieux.
Le général Lannes a présenté les quatre-vingtseize drapeaux conquis sur les Turcs. Quel autre était plus digne d'être l'interprète de l'armée d'Orient que ce brave guerrier qui a reçu de si glorieuses blessures en la conduisant à la victoire ? La réponse du ministre, que l'Assemblée voyait avec tant d'intérêt présider à cette fête, a été applaudie avec enthousiasme.
Cette journée devait être féconde en souvenirs touchants, en rapprochements remarquables. Fontanes, naguère fugitif et proscrit, a prononcé l'oraison funèbre de Washington. Les drapeaux conquis sur l'Europe, l'Afrique et l'Asie ombrageaient le buste du libérateur de l'Amérique et semblaient présager à son ombre le triomphe de la liberté de toutes les parties du monde.
L'oraison funèbre prononcée, un crêpe a été attaché à tous les drapeaux; jamais cérémonie ne pro-
duisit une émotion plus touchante. Ce mélange de lauriers et de cyprès semblait un contraste ménagé par la philosophie pour offrir une leçon à la victoire , en lui montrant les regrets sincères qu'emporte avec lui au tombeau l'homme qui à l'honneur de vaincre sait joindre l'honneur plus grand de pacifier et de rendre plus heureux ses concitoyens.
Le 14 juillet 1800, les grands dignitaires de l'Empire, réunis dans le temple de Mars, attendaient le Premier Consul. Dès qu'il eut pris place au milieu d'eux, Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur, prononça un discours; puis un chœur de trois cent vingt musiciens entonna une cantate composée par M. de Fontanes : Chants de triomphe sur la délivrance de r Italie.