LIVRE DEUXIEME
Analysons les impressions que fit naître cette fête nationale.
Jamais, disait la feuille officielle, le patriotisme ne se montra plus ardent et plus pur que dans cette journée. Chacun semblait se dire : « Nous voilà enfin arrivés, après cette traversée si orageuse, après tant d'incertitudes et de chances diverses, nous voilà au port, nous n'avons plus à craindre ni pour cette liberté qui nous est si chère , ni pour cet ordre public sans lequel il n'est point de liberté. »
Cette première partie de la cérémonie terminée , le Premier Consul , suivi de presque tous les invalides, se rendit au Champ de Mars, où, au milieu d'une foule immense, il reçut les drapeaux pris sur l'ennemi dans la campagne d'Italie K
Bonaparte, prenant alors la parole, remercia l'armée en ces termes :
« Officiers et soldats, les drapeaux présentés au gouvernement devant le peuple de cette immense capitale attestent le génie des généraux en chef Masséna et Berthier, les talents militaires des généraux leurs lieutenants, et la bravoure du soldat français.
» De retour dans les camps, vous que l'armée
1 Ces glorieux trophées furent immédiatement portés aux Invalides et déposés sous le dôme, où leur garde précieuse fut confiée aux braves vétérans de nos armées.
chargea de présenter ces trophées, dites aux soldats que pour l'époque du Ier vendémiaire, où nous célébrerons l'anniversaire de la République, le peuple français attend la publication de la paix, ou, si l'ennemi y mettait des obstacles invincibles, de nouveaux drapeaux seraient les fruits de nouvelles victoires. »
A l'époque où les tombes royales des caveaux de Saint-Denis avaient été profanées par la fureur du peuple, le botaniste Desfontaines avait pu sauver les restes de Turenne et les faire transporter au muséum du Jardin des plantes, en les faisant passer pour une momie française ; mais un arrêté des consuls, du 18 fructidor an VIII, décida que le corps de ce héros serait déposé dans le temple de Mars, sous le dôme qui abritait déjà de si grands capitaines. Pour donner le plus d'éclat possible à cette imposante cérémonie, ils voulurent qu'elle fût célébrée la veille du Ier vendémiaire an IX, jour anniversaire de la fondation de la République.
Le ministre de la guerre et le ministre de l'intérieur présidèrent à la levée du corps, qui fut placé sur un char funèbre et conduit aux Invalides. Tout ce qui pouvait rappeler Turenne avait été recueilli avec le plus grand soin. Un arriere-neveu du grand capitaine, héritier de son armure, l'avait prêtée pour la cérémonie.
Les invalides recurent avec une vive émotion le