‹ Les InvalidesChapitre 5 sur 322 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

moyennant finance; bientôt ils en dissipaient le prix et retombaient clans la misère.

Leur situation devenait une honte, même un scandale , un danger.

Le Roi , dans sa toute-puissance, souverain maître dans son royaume, respecté et redouté au dehors, aurait pu réprimer et sévir, mais, ne voulant voir que ce qu'il y avait de juste dans les plaintes, et fermant les yeux sur les fautes, il prit la résolution la meilleure et la plus digne : celle de faire disparaître et de supprimer radicalement la cause du mal.

En 1 668 le roi Louis XIV fit mettre à l'étude et étudia lui-même cette question. Il s'enquit des ressources du trésor, et ce ne fut que lorsqu'il put disposer de la somme nécessaire à cette magnifique institution que, par ses ordonnances du 15 avril 1670 et 1674, il en confia les travaux au célèbre architecte Bruant sous la direction du ministre Louvois.

« Le Roi ayant résolu de faire construire une grande maison sous le titre d'Hôtel Royal des Invalides , aux environs de sa bonne ville de Paris, pour retirer les officiers et soldats estropiés à son service, ou qui, par leurs blessures ou un âge trop avancé, ne pourront plus servir dans ses troupes; et voulant qu'en attendant que le bâtiment nécessaire pour un si grand dessein soit en état de les recevoir, il soit

pourvu .à leur logement et leur subsistance; Sa Majesté a pensé que , pour donner commencement à un si bel établissement, il était à propos de louer une grande maison dans le faubourg Saint-Germain à Paris, pour y retirer lesdits officiers et soldats caducs et estropiés, où ils seront logés, nourris et vêtus, et les malades secourus du spirituel et du temporel, suivant la nécessité, et ce du fonds des deux deniers pour livre qui doivent être retenus par les trésoriers généraux de l'ordinaire et extraordinaire des guerres, chacun en l'année de leur exercice; ensemble dès pensions des religieux lais que Sa Majesté a affectées à cette dépense par sa déclaration du mois de janvier dernier, et l'arrêt du conseil d'État du 2i dudit mois; et comme l'intention du Roi est que jusqu'à ce que par ses édits il ait plu à Sa Majesté de faire connaître plus précisément ses volontés sur l'établissement dudit hôtel, le sieur marquis de Louvois, conseiller de Sa Majesté en tous ses conseils, secrétaire d'Etat de ses commandements et finances, prendra le soin et la direction des choses nécessaires pour le logement et subsistance desdits ofliciers soldats caducs et estropiés, et comme les grands emplois dont il est chargé et la nécessité où il se trouve de suivre Sa Majesté dans les voyages qu'elle fait ou peut faire ci-après , tant dedans qu'au dehors de son royaume, à la prière dudit sieur marquis de Louvois, elle a com-

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