LIVRE DEUXIÈME. J
L'église des Invalides avait été décorée avec beaucoup de soin et de goût.
Dans le lieu le plus élevé, à l'entrée du dôme, était placé le trône, couvert de riches draperies.
L'enceinte, pour les cérémonies, s'étendait jusque vers le milieu de la nef de l'église. Elle contenait des sièges et des gradins pour toutes les personnes que leurs charges appelaient à prendre rang dans la cérémonie.
Les tribunes étaient remplies par les dames invitées.
Les travées supérieures de l'église, ornées de draperies splendides, avaient été réservées aux membres du Sénat, du conseil d'État, du Corps légistatif, du Tribunat, les membres du tribunal de cassation, et aux officiers des maisons de Leurs Majestés, des Princes et des Princesses de la famille impériale.
A l'arrivée du cortège, le maréchal Serrurier, gouverneur, vint à la grille de l' avant-cour recevoir le prince archichancelier.
Là, de vieux invalides reçurent les drapeaux et les portèrent jusque dans l'enceinte de l'église.
Les princes archichancelier et architrésorier de l'Empire se sont placés près du trône, sur des sièges, et les ministres, et les grands officiers de la couronne se sont assis sur des gradins inférieurs.
Des deux côtés, et plus bas, étaient les grands
officiers de la Légion d'honneur; au centre de la nef, le maréchal Moncey entouré des drapeaux. Derrière le trône, le maréchal Serrurier et le grand maître des cérémonies.
M. de Fontanes, président du Corps législatif, est monté à la tribune et a prononcé le discours suivant :
« Jamais une plus noble fête ne fut donnée par la victoire, et jamais la fortune n'offrit en même temps un plus mémorable exemple de ses catastrophes et de ses jeux. 0 vanité des jugements humains! ô courtes et fausses prospérités! Toutes les voix de la renommée célébrèrent cinquante ans la gloire de la monarchie prussienne. On donnait pour modèle à tous les États et les tactiques de son armée, et les épargnes de son trésor, et les lumières de son gouvernement. Le dix-huitième siècle était fier de compter le plus illustre des Rois parmi les élèves de sa philosophie ! Vingt ans se sont écoulés à peine, et dès le premier choc ce gouvernement, où l'on trouve plutôt une armée qu'un peuple, a laissé voir sa faiblesse véritable. Une seule bataille a fait succomber ces phalanges tant de fois victorieuses, qui, dans la guerre de sept ans, avaient surmonté les efforts de l'Autriche, de la Russie et de la France conjurées. Est-ce donc là ce qu'avaient promis ces talents éprouvés, cette longue expérience des plus vieux généraux de