‹ Les InvalidesChapitre 62 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

lenc^ et par la ruse , et par ce génie audacieux et circonspect, suivant les conjonctures, qui menace ou qui cède à propos, et qui, toujours soumis au calcul de l'intérêt, change, avec le temps, d'alliés, d'ennemis et de desseins. Quel événement a suspendu le cours de tant de prospérités? La Prusse avait-elle affaibli le nombre de ses armées? Non, ces armées étaient complètes, et nous entendions encore citer leur bravoure et leur discipline. Avait-elle dissipé son trésor? Non, le désordre introduit dans ses finances par des prodigalités passagères était réparé par une sage économie. Elle ne manquait ni de bras, ni de richesses; elle possédait encore tout ce qui fait en apparence la force et la sécurité des empires, de l'or, du fer et du courage. Comment ces jours de deuil et d'abaissement furent-ils donc amenés si vite? L'homme qui créa, qui fit mouvoir, qui soutint longtemps ce grand corps, a fini sa carrière , et tout a succombé peu à peu avec la colonne qui portait tout, et dans le mausolée de Frédéric s'est enfermé , pour ne plus reparaître , cet esprit à la fois belliqueux et politique dont il animait ses soldats, ses généraux, ses ministres, son peuple, et le système entier d'une immense administration. Voilà comme la mort d'un seul homme est la perte de tous.

» Au contraire, quel autre spectacle s'offre à nos yeux! Une grande monarchie avait vu tous les

fléaux fondre sur clic, et, n'ayant plus de roi et plus d'autels, plus de guides et plus de sauvegarde, elle tombait de précipice en précipice entre ses anciennes et ses nouvelles constitutions également violées. L'espoir était même perdu; car, malgré dix ans de calamités et de crimes, la patrie était encore livrée aux cruelles expériences de cet esprit novateur qui, toujours trompé, se croit toujours infaillible, et qui, au risque de perdre toute une nation et lui-même, accumule les fautes et les excès de tout genre , plutôt que de faire l'aveu d'une seule erreur.

» Cependant, du fond de l'Egypte, un homme revient seul avec sa fortune et son génie : il débarque, et tout est changé. Dès que son nom est à la tête des conseils et des armées , cette monarchie couverte de ses ruines en sort plus glorieuse et plus redoutable que jamais, et voilà comme la vie d'un seul homme est le salut de tous !

» Ah ! que ce double tableau et des destins de la Prusse et de ceux de la France nous donne encore plus d'attachement, s'il est possible, pour celui qui fait notre repos et notre gloire! Que ce grand homme, qui nous est si nécessaire, vive longtemps pour affermir son ouvrage! Que ses frères également chéris dans son Sénat ou dans ses camps, au milieu de la France ou sur les trônes étrangers qu'il leur partage, que des enfants, que des neveux^ dignes de lui, transmettent aux nôtres le fruit de

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