‹ Les InvalidesChapitre 63 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ses institutions et le souvenir de ses exemples! Mais, hélas! quand je forme, bien moins pour lui que pour nous, ces vœux accueillis par tous les cœurs français, un enfant royal vient d'entrer dans la tombe, et les regrets de son auguste famille se mêlent à nos chants de victoire.

» Peut-être en ce moment le héros qui nous sauva pleure dans sa tente, à la tête de trois cent mille Français victorieux, et de tant de princes et de rois confédérés qui marchent sous ses enseignes. Il pleure, et ni les trophées accumulés autour de lui, ni l'éclat de vingt sceptres qu'il tient d'un bras si ferme , et que n'a point réunis Charlemagne luimême, ne peuvent détourner ses pensées du cercueil de cet enfant dont les mains triomphantes ont aidé les premiers pas, et devaient cultiver un jour l'intelligence prématurée. Ah! qu'il n'ignore pas au moins que ses malheurs domestiques ont été sentis comme un malheur public, et qu'un si doux témoignage de l'intérêt national lui porte quelques consolations. Toutes nos alarmes pour l'avenir sont des hommages de plus que nous lui rendons. Puisse surtout la fortune se contenter de cette jeune victime qu'elle a frappée, et qu'en secondant toujours les projets du plus grand des souverains, elle ne lui fasse plus payer sa gloire par de semblables malheurs! »

S. A. S. le prince archichancelier est descendu

ensuite pour remettre entre les mains de M. le gouverneur des Invalides l'épée de Frédéric : S. Exe. le maréchal Moncey s'est empressé d'aller à sa rencontre. Son Altesse Sérénissime, en la donnant à If. le gouverneur, ainsi que les décorations du monarque prussien, a prononcé les paroles suivantes :

« Au nom et par les ordres de S. M. l'Empereur et Roi, notre très - gracieux souverain, je vous remets, monsieur le maréchal, les décorations et les armes qui ont appartenu à un monarque dont la Prusse et l'Europe conserveront toujours un grand souvenir.

» Cette conquête faite par le héros de la France est pour elle une dépouille opime et un digne ornement pour l'asile des défenseurs de l'Etat.

» Je vous remets aussi les drapeaux enlevés aux ennemis pendant cette dernière et brillante campagne.

» L'intention de Sa Majesté est qu'ils demeurent sous la garde des braves que vous commandez, jusqu'à ce qu'ils puissent être placés dans le monument que Sa Majesté veut élever à la gloire immortelle des armées.

» C'est ici, monsieur le maréchal, que de toutes parts l'intérêt et l'admiration viennent chercher les trophées de la valeur française; ceux qui désormais visiteront cette enceinte reconnaîtront dans la double disposition faite par les ordres de Sa Majesté

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