LIVRE DEUXIÈME
et la sagesse; dans l'administration de la guerre, le talent et la probité, retrace le caractère et les vertus de ce grand homme. Les successeurs des Fontenelle, les collègues des Borda, des Coulomb et des Meunier, représentent ici l'Académie des sciences, qui honora dans Vauban les sciences appliquées au service de l'État. Vauban enfin est dans cette enceinte représenté lui-même par son propre sang. Son arrière-petit-fils, qui dans la carrière des armes s'est montré l'héritier de ses vertus guerrières, est ici au milieu de sa famille. Il vient de déposer son cœur dans ce temple, et le confie au chef illustre de ces guerriers dont les cheveux blancs et les blessures attestent les longs et brillants services. Sous leur garde reposeront désormais les restes de Vauban et de Turenne ; et si les ombres de ces héros errent quelquefois sous ces voûtes , elles se croiront au milieu des compagnons de leur gloire.
» Tout est ici une image , un souvenir de Vauban . Qu'ajouter à ces témoignages glorieux? L'éloge de Vauban, écrit par d'éloquents orateurs, a été prononcé dans le sein de trois académies. Chef du corps dont Vauban a créé l'art, s'il m'est doux et permis, en retraçant ses services, de lui rendre hommage comme à l'un de ces hommes à qui l'on succède et qu'on ne remplace jamais; devant des militaires, militaire comme eux, étranger à une éloquence
peu connue dans les camps, la seule louange de Vauban sera , dans ma Louche , le tableau simple et rapide de sa vie.
» Le maréchal de Vauban comptait une longue suite d'aïeux, presque tous militaires. Mais dans leur rang, l'honneur était de sacrifier sa fortune comme sa vie au service du souverain. Vauban naquit sans biens, et dès sa tendre enfance il resta orphelin. A dix-sept ans il cède à son génie, voit les places, et devient ingénieur. Dans ses premiers sièges, il fait l'essai de son talent et donne des preuves de son courage. Au siège de Sainte-Menehould , pendant l'assaut , sous le feu de la place , il traverse la rivière à la nage. A Stenay, à Montmédy, à Valenciennes, il est couvert de blessures; sous Gravelines, à vingt-cinq ans, il conduit en chef les attaques, prend et ne quitte plus le seul rang digne de son mérite. Dans les guerres suivantes, il crée un nouvel art de siège. A Maëstricht, il emploie la première fois les trois parallèles, et le reste du dispositif ingénieux des approches régulières. A Luxembourg, il applique les couronnements à la sape et les cavaliers de tranchée; invention que la rapidité donnée aux sièges par lui-même a permis de négliger. En IG68, il ouvre les portes de Philisbourg, de Manheim et de Franckenthal, à l'héritier du trône, qui pour prix de ce service lui donne, au nom du Roi, quatre pièces de canon. C'est devant