‹ Les InvalidesChapitre 68 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Philisbourg qu'il invente le ricochet, manière aussi ingénieuse que redoutable de tirer le boulet et l'obus, et qui ne laisse dans l'intérieur d'une place assiégée que peu d'asile contre ses ravages. Au siège de Namur, en 1692, il se trouve en présence de Coehorn. Cet ingénieur célèbre venait de créer le fort Guillaume; il y attachait le sort de la place. Vauban d'un coup d'oeil aperçoit le défaut de cet ouvrage, il se porte rapidement entre le fort Guillaume et le château, les sépare par une tranchée, enlève le fort, et triomphe d'un rival que l'histoire n'a cru pouvoir mieux louer qu'en le nommant le Vauban hollandais.

» Les forteresses de la France étaient pour la plupart faibles et placées au hasard; Vauban est chargé de fortifier toutes les frontières; des Pyrénées au bord de l'Escaut, sa fortification varie comme les sites; partout, sur les montagnes, au bord de la mer et des fleuves, c'est en pliant les ouvrages au terrain qu'il subjugue la nature. Sa pensée dans chaque place embrasse l'universalité des frontières. Il considère la France comme une vaste place d'armes, dont chaque forteresse n'est qu'un ouvrage particulier; il les coordonne et en détermine les rapports, suivant les positions; elles sont entretenues, réparées ou perfectionnées. Il crée celle qui manque, il donne à chacune son caractère et sa destination. Le même homme qui dans les

sièges contribue à reculer les limites de l'empire, jouit de la gloire d'en poser les barrières. Les places du Nord ont arrêté deux fois les ennemis de la France. Dans la guerre de succession et en 1793, elles ont été pour nous, suivant l'expression deMontecuculli, les ancres sacrées qui sauvent les États.

» Vauban, au milieu de ces travaux, trouva le moyen de composer un grand nombre d'ouvrages sur son art et sur l'économie publique : ses traités de l'attaque et de la défense sont encore l'oracle des militaires dans les sièges. Dans ses mémoires et ses projets sur toutes les places, tout est discuté, tout est prévu, jusqu'aux détails d'exécution; et lorsqu'on veut reprendre ce qu'il n'a pu exécuter, en vain essaye-t-on de le perfectionner. Ce que Yauban a déterminé se trouve, un siècle après, être encore ce qu'il y a de plus économique, de plus ingénieux. La vérité est immuable, et le génie ne s'attache qu'à la vérité. A cette collection précieuse se joignent sa dime royale, et les manuscrits auxquels il avait donné le titre modeste d'Oisivetés. « Si ce qu'il y propose, dit Fontenelle, pouvait s'exécuter, ses oisivetés ne seraient pas moins utiles que ses travaux. »

» De grandes récompenses, la charge de commissaire général des fortitications, les gouvernements de Douai et de la citadelle de Lille, les

Page 1