LIVRE DEUXIÈME
ordres du Roi, le bâton de maréchal de France, furent le prix de ses services. Il refusa longtemps ce dernier grade, craignant qu'il ne l'empêchât de conduire les sièges. Pendant un siège malheureux, fait par un général d'un grade moins élevé, il offrit de servir sous ses ordres; et le Roi lui objectant sa dignité : « Sire, dit-il, ma dignité est de servir l'État; je laisserai le bâton de maréchal à la porte, et j'aiderai peut-être à entrer dans la place. » Il ne put l'obtenir. Oublions un désastre qui ravit à la France l'Italie, et ne songeons qu'aux victoires qui de nos jours l'ont deux fois reconquise.
» Cinquante sept années de service, vingt-cinq campagnes, dix blessures, cent quarante actions de guerre, cinquante-trois sièges, trente-trois places neuves, toutes celles de la France restaurées : telle est la vie du maréchal de Vauban. Il n'est plus, mais avant que son nom s'oublie les Français cesseront d'aimer leur pays et la gloire.
» Et vous guerriers sous qui Dantzig a succombé, vous chef illustre qui les avez dirigés, cou-, vrez le cœur de Vauban d'un rameau de vos lauriers; mêlez à l'éclat de ses honneurs celui de votre gloire, comme nous mêlons aux souvenirs que Vauban a laissés les images de vos services. Dans ces honneurs décernés au héros devant qui tombaient les forteresses, c'est vous aussi, c'est son armée qui a voulu honorer le monarque invincible
devant qui tombent les armées et les places de tous ses ennemis. »
Ce discours étant terminé, M. le Pelletier d'Aulnay prit l'urne qui renfermait le cœur de Vauban et la remit au ministre de la guerre en lui adressant ces paroles :
« Monseigneur,
» Chargé par S. M. l'Empereur et Roi de déposer entre vos mains le cœur du maréchal de Vauban mon aïeul, j'ai l'honneur de vous remettre ce dépôt précieux. Cette fête solennelle, consacrée à la mémoire de Vauban, fait l'éloge de notre illustre souverain, dont la bienfaisance se porte avec autant de grandeur à honorer la mémoire des anciens guerriers, qu'à illustrer les hauts faits des héros de son siècle, dont il est le premier modèle. »
Le ministre de la guerre a répondu :
« Monsieur,
» En recevant de vous et de la famille de Vauban le cœur de ce grand homme , je m'estime heureux d'être chargé, par le héros qui vient de lui élever ce monument, de confier un si précieux dépôt aux braves défenseurs de l'Etat que renferme cette enceinte, et à leur digne gouverneur entre les mains duquel Mantoue jadis capitula.