LIVRE DEUXIÈME
» Ce fut seulement en 1G70 qu'un monarque triomphant conçut le projet, qui ne reçut d'exécution que quatre ans après, de ne plus répartir les guerriers invalides dans les abbayes ou prieurés, de cesser d'imposer aux enfants de la gloire la nécessité de vivre avec des moines, et aux cénobites le désagrément de supporter des infractions aux règles de leur profession. C'est surtout dans le repos acquis par les exploits militaires qu'on a besoin de s'en retracer l'image, d'être entouré des compagnons qui les ont partagés, de sentir encore légèrement le joug de la discipline.
» Tels furent les motifs de la fondation de l'hôtel des Invalides; ils ont aussi été ceux de sa conservation , et l'ont sauvé de la faiblesse des règnes suivants et des plans destructeurs dont les traces, moins profondes qu'on n'aurait dû le craindre, vont entièrement disparaître.
» La loi du 16 mai 1792 porta aux principes de cet établissement l'attaque la plus forte qu'ils pussent recevoir, en plaçant l'hôtel des Invalides dans les attributions du ministère de l'intérieur. Elle fît craindre qu'on ne voulût insensiblement l'assimiler aux hospices civils, avec lesquels il ne doit avoir rien de commun. Ce système subversif du bon ordre ne fut pas de longue durée, et bientôt après, un des premiers soins de Sa Majesté en prenant les rênes du gouvernement fut de ramener,
autant que les circonstances le permirent, le régime de l'Hôtel à ce qu'il était lorsque les étrangers nous l'enviaient et que les princes sages l' étudiaient pour l'introduire dans leurs États.
» Ce grand ouvrage, que plusieurs lois et arrêtés avaient depuis dix ans commencé, vient d'être terminé par le décret de Sa Majesté. L'entier retour à l'ordre est assuré; les vœux de tous les militaires sont comblés; les travaux de l'ancien gouverneur, qui jouit de l'avantage d'avoir justifié à l'avance sa nouvelle nomination, sont couronnés. Tous les moyens de faire le bien sont mis à sa disposition et à celle du conseil. Vous saurez, messieurs, les employer et justifier la conliance du gouvernement par une administration sage et paternelle.
» Jamais époque ne fut aussi favorable pour faire disparaître ce qu'il peut y avoir de vieux et d'abusif dans les règlements de la discipline, de police et d'administration de l'Hôtel. Leur révision sera. peutêtre nécessaire pour les mettre en harmonie avec le nouveau système; j'ai désiré qu'on s'occupât de cet objet avec le plus grand soin. C'est pour atteindre ce but que j'en ai fait préparer les bases, sans les déterminer encore d'une manière absolument positive. J'ai pensé que je devais attendre d'utiles renseignements de l'expérience de la plupart d'entre vous, du zèle et des lumières de tous. J'ai voulu que les fonctionnaires appelés à maintenir l'exécu-