LIVRE DEUXIÈME
tion des règlements concourussent à leur formation, et pussent les regarder comme leur propre ouvrage. Vous ferez de ce travail, messieurs, l'objet de vos méditations particulières et de vos discussions au conseil, et vous me mettrez bientôt à portée de convertir en règlement général les questions qui sont plutôt indiquées que résolues dans le projet que je laisse sur le bureau.
» En reportant au pied du trône les témoignages de la gratitude et du dévouement des militaires invalides, je donnerai, messieurs, à Sa Majesté Impériale et Royale l'assurance qu'elle ne vous aura pas en vain confié le bonheur de ces vieux soldats et l'espérance de ceux qui marchent aujourd'hui sur leurs traces. »
A l'apogée de sa puissance , Napoléon Ier voyait ses vœux réalisés. L'Impératrice venait de lui donner un fils. Cent et un coups de canon de la batterie de l'Hôtel annoncèrent à la capitale cet heureux événement. Grande fut la joie des vieux compagnons du nouveau César.
Mais ils étaient à peine écoulés ces jours d'allégresse qui avaient suivi le baptême de l'enfant qui devait perpétuer la race de l'illustre soldat couronné, que déjà les cœurs se sentaient saisis de tristes présages, et que l'atmosphère politique était chargée de bruits de guerre.
L'année 1812 s'ouvrit, en effet, par la déclara-
lii LES INVALIDES.
lion de guerre à la Russie; et le héros qui avait porté ses étendards victorieux de l'Adriatique aux bords de la Vistule allait passer le Niémen et trouver devant lui deux ennemis invincibles : les éléments et la fortune, dont jusque-là il avait été le favori.
En effet, le 2i juin 1812, l'Empereur franchit ce fleuve à la tête de son armée, dont les colonnes qui avaient vaincu à Smolensk et à la Moskowa arrivèrent rapidement sous les murs de Moscou, qu'elles durent abandonner presque aussitôt.
Arrêtons -nous; le vingt-neuvième bulletin, à jamais célèbre, n'a que trop fait connaître à la France consternée les résultats de cette épouvantable catastrophe.
A dater de ce jour, le canon de l'hôtel des Invalides, qui avait annoncé tant de victoires, dut garder un long et lugubre silence.
Bientôt on vit arriver à l'Hôtel les restes mortels de plusieurs généraux, victimes illustres des désastres que notre armée venait d'éprouver dans les plaines glacées de la Pologne.
Le 1 3 février et les jours suivants , furent déposés dans les caveaux du dôme le cœur du général de division Baraguey-d'Hillicrs, grand -aigle de la Légion d'honneur; celui de l'illustre général d'artillerie Éblé, atteint d'une maladie mortelle à la Bérézina, ou périrent les quatre cents pontonniers qui à sa voix s étaient plongés clans ce fleuve, afin
de construire les ponts qui devaient conduire nos malheureux soldats sur l'autre rive de la Bérézina, les cinq sixièmes.
Enfin celui du général de division comte de Lariboissière , commandant en chef l'artillerie de la garde impériale, accablé par la fatigue, mais encore inconsolable de la mort d'un fils tué sous ses yeux à la bataille de la Moskowa.
Baraguey-d'Hilliers (Louis), né le 13 août 1764, à Paris, d'une famille noble, fit dans cette ville des études qui, sans être profondes, lui furent trèsutiles, parce qu'il les dirigea entièrement vers la carrière des armes, à laquelle dès lors on l'avait destiné. Il entra comme sous- lieutenant dans le régiment d'Alsace, en 1784. Capitaine dans un bataillon d'infanterie légère le 20 janvier 1 792, et, le mois suivant, aide de camp du général Crillon. Trois mois après il obtint le même emploi auprès de Labourdonnaye , puis auprès de Custine, qui le fit sous-chef d'état-major, en lui donnant le grade de général de brigade. Baraguey-d'Hilliers prit part à l'invasion du Palatinat et à la prise de Mayence. Un an après, traduit au sanglant tribunal révolutionnaire avec cinquante victimes, qui ce jour-là même périrent sur l'échafaud, accusées d'avoir conspiré toutes dans la prison où elles étaient détenues, Baraguey-d'Hilliers fut absous avec deux autres accusés. Malgré cette absolution, il fut envoyé de
nouveau à la prison du Luxembourg comme noble suspect, et il n'en sortit qu'après la chute de Robespierre. Remis en activité le 5 prairial an III (1795), il fut employé dans l'Ouest sous les ordres de Hoche; puis à l'armée d'Italie, où il arriva vers la fin de la belle campagne de 1796. Le général en chef, Bonaparte, lui donna un commandement dans la Lombardie, et le chargea ensuite de s'emparer de Bergame, place de l'État vénitien qu'il lui importait d'occuper, mais que la neutralité semblait mettre à l'abri d'une pareille entreprise. Baragueyd'Hilliers usa dans cette occasion de beaucoup d'adresse, et voici comment Bonaparte rendit compte de cette expédition au Directoire : u Quoique l'occupation de Bergame ne soit pas une opération militaire, il n'en a pas moins fallu des talents et de la fermeté pour l'obtenir. Le général Baragueyd'Hilliers, que j'en avais chargé, s'est parfaitement conduit ; je vais lui donner le commandement d'une brigade, et j'espère qu'aux premières affaires il méritera sur le champ de bataille le grade de général de division. » Chargé, en effet, de conduire bientôt après un corps d'armée dans le Tyrol, Baragueyd'Hilliers pénétra dans la vallée de l'Adige, jusqu'aux gorges de la Brenta, où il se réunit à l'armée principale, après avoir fait quatre mille prisonniers; et le grade de général de division lui fut donné (mars 1797). Peu de temps après et sous