‹ Les InvalidesChapitre 76 sur 322 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

mit à dresser un pont de bois dans une seule nuit, au milieu des glaces et sous le canon de l'ennemi. Obligé de rester pendant trois jours auprès de ce frêle édifice que les glaçons et la foule des fuyards brisaient à chaque instant, Éblé répara plusieurs fois les accidents qui survenaient sans cesse. Ayant reçu Tordre d'y mettre le feu dès que l'armée serait passée, il retarda autant qu'il put l'exécution de cet ordre, et sauva par là un grand nombre de malheureux qui auraient péri sur l'autre rive. Mais la fatigue qu'il éprouva et l'excès du froid l'avaient frappé si vivement qu'il mourut peu de jours après à Kœnigsberg, au moment où Napoléon le nommait inspecteur général et commandant en chef de l'artillerie de la grande armée.

Lariboissière (Jean-Ambroise-Baston de), général d'artillerie, né à Fougères en 1759, d'une famille noble, fut destiné dès l'enfance à la carrière des armes, et, après avoir fait des études convenables, entra à l'âge de vingt-deux ans comme lieutenant dans un régiment d'artillerie. L'avancement dans ce temps de paix n'était pas aussi facile qu'il le devint plus tard, et Lariboissière servait encore dans le même grade quand arriva la révolution. Il s'en déclara partisan, et fut nommé capitaine en 1791. Employé dès l'année suivante à l'armée du Rhin, sous Custine, il concourut à l'invasion du Palatinat et à la prise de Mayence. Resté dans

cette place en 1793, lorsqu'elle fut assiégée par les Prussiens, il eut une part importante à sa défense, et, lors de la capitulation, fut laissé aux ennemis pour otage. Revenu bientôt en France, il fit encore dans les armées du Rhin , du Danube , les campagnes de 1794 et 1795, parvint au grade de colonel et fut nommé directeur du parc d'artillerie. Devenu général de brigade, il commanda en 1 80o l'artillerie du quatrième corps de la grande armée, et concourut efficacement à la victoire d'Austerlitz par l'heureux emploi qu'il fit de ses batteries, dirigées contre l'étang de Ménitz, sur lequel l'infanterie russe avait eu l'imprudence de s'établir. Après la journée d'Iéna, Lariboissière contribua beaucoup à la défaite du corps de Blùcher, qu'il poursuivit jusqu'à Lubeck, où il fut blessé. Ayant ensuite suivi la grande armée en Pologne, il partagea tous ses succès, fit construire un très-beau pont sur la Vistule, et fut remarqué par Napoléon, qui lui donna le commandement de l'artillerie de sa garde, et le fit général de division. A la bataille si meurtrière d'Eylau, Lariboissière, par ses habiles dispositions, soutint pendant toute la journée le centre de l'armée française, sur lequel était dirigé tout le feu de l'artillerie des Russes. Chargé aussitôt après de diriger, sous le maréchal Lefebvre, le siège de Dantzig, défendu par une garnison de vingt mille hommes que commandait un des lieutenants du grand

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