‹ Les InvalidesChapitre 77 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Frédéric (le feld maréchal Kalkreut), il déploya dans ce siège mémorable autant d'activité que de talent; et, malgré une blessure grave qu'il reçut à la cuisse, il ne quitta pas un instant les travaux jusqu'à la reddition de la place. Napoléon le nomma pour ce fait grand officier de la Légion d'honneur. Lariboissière prit ensuite une part non moins glorieuse aux batailles d'Heilsberg, de Friedland; et lors de l'entrevue des deux Empereurs, ce fut lui qui établit au milieu du Niémen le radeau sur lequel eurent lieu les premières conférences. Il passa ensuite en Espagne , où il dirigea l'artillerie à l'attaque de Madrid et à la bataille de Somo- Sierra. Revenu en Allemagne avec Napoléon en 1809, il concourut à l'invasion de l'Autriche, et fit construire après la bataille d'Essling les ponts sur le Danube qui sauvèrent l'armée française et préparèrent la victoire de Wagram, à laquelle sa formidable artillerie contribua encore puissamment. Le peu de temps qui sépara ces grands événements de l'invasion de la Russie fut employé par Lariboissière à une inspection du port de Toulon et des côtes de la Méditerranée, que semblaient alors menacer les Anglais. Rappelé à la grande armée dès le commencement de 1812, et chargé de disposer les moyens de transport pour les vivres et le matériel de l'artillerie dans la grande expédition de Russie, marchant à la tète de l'artillerie de la garde impériale,

ce fut encore Lariboissière qui dirigea les principales attaques à Smolensk, et surtout à la Moskowa, la plus sanglante des batailles que Ton connaisse, et celle où Ton a vu les plus terribles effets de l'art de la guerre chez les modernes. Lariboissière y prit une part glorieuse; mais il eut la douleur d'y perdre un de ses fils, qui fut tué en chargeant à la tête d'une colonne. A Moscou, ce fut encore lui qui arma le Kremlin et qui prépara les moyens de le faire sauter. Dans la désastreuse retraite, il ne déploya pas moins d'activité; mais toute la division de son artillerie ayant été dévorée par le froid ou la faim des soldats et des chevaux, il ne put sauver qu'une vingtaine de ses canons, et conçut de tant de calamités un tel chagrin, qu'il tomba malade à Wilna et ne put qu'avec beaucoup de peine atteindre Kœnigsberg, où il était allé mourir.

Le 1 9 décembre au matin, la capitale apprit, à son grand étonnement, que l'Empereur était arrivé aux Tuileries dans la nuit.

Le lendemain les grands corps de l'État lui furent présentés, et dans sa harangue, M. Lacépède, président du Sénat , lui dit , à l'occasion de la conspiration de Malet, ces mots remarquables :

« Dans les commencements de nos anciennes dynasties, on vit, plus d'une fois, le monarque ordonner qu'un serment solennel liât d'avance les Français de tous les rangs à l'héritier du trône, et

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