‹ Les InvalidesChapitre 78 sur 322 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

quelquefois, lorsque l'âge du jeune prince le permit , une couronne fut placée sur sa tête , comme le gage de son autorité future, et le symbole de la prospérité du gouvernement. »

Enfin , le 5 mars , Napoléon vint à l'Hôtel comme pour montrer à ses vieux compagnons qu'il existait encore. Aussi, grande fut la joie qu'éprouvèrent les invalides à la vue de l'Empereur.

Après les avoir passés en revue , il fit approcher ceux qui lui avaient été désignés comme ayant fait quelque action d'éclat, et leur en distribua la récompense. Vingt-deux d'entre eux, qui étaient privés de deux membres, reçurent la dotation de sixième classe.

L'Empereur se dirigea ensuite vers l'église, dans laquelle un Te Dcum fut chanté; puis il parcourut les cuisines, la boulangerie et l'infirmerie.

Au général Simon , qui avait emporté les regrets de tous ses administrés, avait succédé le baron d'Arnaud.

L'Empereur lui donna une marque de sa munificence, en augmentant de 4,000 fr. sa dotation. Il accorda aussi au colonel major Cazaux le titre de baron.

Ces preuves de sympathie de la part du monarque n'eurent pas le pouvoir de chasser du cœur des anciens compagnons de sa gloire la mélancolie que leur inspiraient les appréhensions de l'avenir. Ces

craintes n'étaient, hélas! que trop fondées! Car bientôt on vit éclater le terrible orage qui, depuis dix années, s'était amoncelé sur la tète altière du géant des batailles, et pourtant pour le faire courber, il ne fallut rien moins que tout l'or de l'Angleterre, toutes les armées de l'Europe coalisée et la trahison.

Après avoir fait le siège de Paris, qu'avait en vain défendu le brave maréchal Moncey, commandant la garde nationale, à laquelle s'étaient joints tous les invalides dont le bras pouvait encore porter une arme, les coalisés vinrent camper aux portes du palais des braves, dont les aigles victorieuses avaient naguère plané sur les édifices de toutes leurs capitales. Leurs escadrons vinrent aussi camper autour de l'hôtel des Invalides, dont les pensionnaires fureut saisis d'une religieuse frayeur.

Leurs bataillons allaient-ils franchir l'enceinte de leur asile respectable, et leur redemander les trophées qu'ils leur avaient enlevés? En proie à cette crainte salutaire, le maréchal Serrurier fit dresser un bûcher, et ses flammes réduisirent en cendres le prix de cent victoires !

Pourquoi faut-il que, contrairement à l'exemple de son devancier, le moderne Charlemagne ait eu le malheur d'arracher, pour le poser sur la tête d'un enfant qui devait ne le porter qu'un jour, le diadème qui ceignait le front de l'auguste représen-

tant de celui qui, selon l'expression de Bossuet, lient tous les sceptres dans sa main? Le sien n'eût pas été brisé, et son bras, naguère tout-puissant, n'eût pas été forcé de déposer la couronne dans le lieu même qui avait servi de captivité au pontife découronné...; il n'eût pas vu le roi de Rome prendre le chemin de l'exil, et lui-même ne serait pas devenu le captif des rois qu'il avait vaincus.

Notre plume est impuissante à retracer l'affliction que cette illustre infortune apporta aux vieux débris de son armée, à ceux-là qu'il avait tant de fois conduits à la victoire.

Quelques jours après l'élévation au trône de Sa Majesté Louis XVIII, monseigneur le comte d'Artois, les ducs d'Angoulême et de Berry, honorèrent l'Hôtel de leur auguste visite.

Le maréchal Serrurier fut recevoir les princes, qui parcoururent l'établissement dans toute son étendue, et en firent le plus grand éloge. Avant de sortir de l'Hôtel, Leurs Altesses Royales exprimèrent au gouverneur leur vive satisfaction.

Dans les premiers jours de mai, les empereurs de Russie, d'Autriche et le roi de Prusse vinrent également visiter l'Hôtel. Le gouverneur leur en fit les honneurs.

Après avoir parcouru l'établissement et s'être enquis de tous les détails de l'administration, dont ils firent les plus grands éloges, Leurs Majestés se

retirèrent en exprimant au gouverneur leur admiration et leur extrême contentement.

Par ordonnance de Louis XYIII relative à l'administration de l'Hôtel et à la suppression des succursales, afin de diminuer le mécontentement qu'avait causé le changement de gouvernement , il est accordé un délai de trois mois, pendant lequel ils pourront choisir entre leur position actuelle et une retraite dans leurs foyers; retraite plus forte que celle accordée jusqu'alors, et qui décide en même temps la suppression des succursales, moins celle d'Avignon.

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