LIVRE TROISIEME
sions exprimer noire bonheur en votre présence : lorsque Votre Majesté nous fera l'honneur de visiter notre établissement, dont elle a relevé la splendeur. Elle est sûre de n'y voir que des hommes qui s'estimeraient heureux de pouvoir encore verser leur sang pour sa gloire, et de trouver dans les témoins de ses nombreuses victoires les sujets les plus fidèles et les plus dévoués. »
Peu de jours après le ministre de la guerre, maréchal Davout, fut autorisé par Sa Majesté Impériale à faire réadmettre à l'Hôtel, ou dans les succursales, les militaires invalides sortis par ordonnance du 12 septembre 1814.
Dans son touchant empressement de revoir les vieux compagnons de sa gloire, l'Empereur vint à l'Hôtel le 11 mai.
Rangés en bataille, les invalides l'attendirent dans la cour d'honneur.
Après avoir daigné entretenir quelques-uns d'entre eux, Sa Majesté fut visiter l'infirmerie.
Là , après avoir adressé quelques mots bienveillants à plusieurs malades, Sa Majesté écouta avec bonté les réclamations qui lui furent soumises, y fit droit et accorda en même temps des récompenses à quelques-uns d'entre eux.
Il serait difficile de peindre la joie que ces braves vétérans manifestèrent à la vue de l'Empereur, et la satisfaction que Sa Majesté éprouvait en interro-
géant ses vieux compagnons d'armes, dont les réponses lui rappelaient à chaque mot des batailles mémorables.
L'Empereur se fit rendre compte de la situation financière de l'Hôtel, et il apprit avec peine que la dotation de six millions qu'il lui avait accordée avait été enlevée par une ordonnance royale, et que l'administration était en souffrance. Sa Majesté ordonna ensuite au ministre de lui présenter un décret qui annulât le précédent.
La revue étant terminée, l'Empereur monta à cheval et se dirigea vers le Champ de Mars, qu'il parcourut au milieu d'une foule nombreuse qui faisait entendre de continuelles acclamations.
Ce fut la dernière rencontre de l'Empereur avec les vieux soldats de Wagram et d'Austerlitz, rencontre pleine de sympathie et de tristesse, comme celle du 5 mars 1813.
Napoléon allait en effet de nouveau tirer sa vaillante épée contre l'Europe coalisée. Hélas! le Dieu des armées avait décidé que son immense génie ne suppléerait plus, comme autrefois, à l'infériorité du nombre de ses vaillants soldats.