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LIVRE TROISIÈME

Cette fois, dans les guerriers mutilés, Louis XVIII ne vit point les compagnons de celui qui l'avait contraint d'abandonner son palais; mais en leur donnant l'entrée de l'établissement bâti par Louis XIV pour la vieillesse de ses soldats, il ne considéra que la situation du soldat français.

Les Bourbons se rappelèrent qu'un de leurs aïeux avait fondé l'Hôtel pour les défenseurs de la patrie , et, comme par le passé, l'administration fut toute paternelle.

Le Roi sut résister aux conseils des ultra-royalistes qui voulaient expulser de l'Hôtel les braves qui, en servant la République et l'Empire, avaient versé leur sang pour la France comme les soldats de l'ancienne monarchie.

Toutefois le maréchal Serrurier fut sacrifié à leur ressentiment et remplacé par le duc de Coigny, ancien lieutenant générai des armées du Roi, et qui, l'année suivante, fut élevé à la dignité de maréchal de France.

Le maréchal Serrurier, qui depuis 1804 avait veillé sur le sort des invalides avec un zèle, une activité et un dévouement sans bornes, leur donna une dernière preuve de sa sollicitude en se dérobant au témoignage de leur reconnaissance et à leurs adieux.

Serrurier (le comte Jean -Matthieu -Philibert) naquit le 8 décembre 1742, à Laon, département

de l'Aisne, d'une famille noble divisée en deux branches, dont l'une était vouée à la magistrature, et l'autre à l'état militaire. Le jeune Serrurier, qui appartenait à cette dernière, entra de bonne heure au service, et avait obtenu dès 1755 le grade de lieutenant. En 1760, il eut la mâchoire fracassée d'un coup de feu à l'affaire de Wurbourg. L'émigration d'un grand nombre d'officiers nobles, son courage et ses connaissances militaires favorisèrent son avancement. Chef de bataillon en 1793, il obtint dans cette campagne le grade de général de brigade, auquel il fut élevé le 22 août. Le 13 juin 1795, il fut nommé général de division et fit en cette qualité , sous les ordres de Bonaparte , la campagne d'Italie : le 15 juillet il s'empara du col de Berno, et dix jours après il reprit aux Austro- Sardes le poste de l'Inferno, dont ils venaient de se rendre maîtres après avoir repoussé le 5e bataillon de grenadiers, qui était chargé de le défendre. Au combat de Dego, le général Serrurier commandait l'aile gauche de l'armée, et il n'eut qu'à se présenter pour s'emparer des hauteurs de Balisano, de Bagnasco et de Pontenuceto; le 19 avril, il chassa les Autrichiens de leur position de Saint- Michel sur la Corsaglia, et, à la bataille de Mondovi, il fut chargé d'une attaque de front sur l'ennemi. Deux jours après, poursuivant les Piémontais sur Cherasco, il s'empara de la ville de Bène; et deux

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