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LIVRE TROISIÈME

On ne prévoyait pas qu'une campagne dont les commencements furent si brillants aurait une fin si funeste. Le maréchal débuta par le combat de Mohilew. Avec à peine quinze mille hommes, il se battit avec acharnement pendant douze heures contre plus de quarante mille Russes, et les repoussa avec une perte considérable. Il fit encore des prodiges de valeur à la bataille de Smolensk et à celle de la Moskowa. Blessé grièvement à la dernière de ces journées , il resta sur le champ de bataille pour animer ses troupes par sa présence , et suivit l'armée jusqu'à Moscou.

» Dans le cours de cette désastreuse retraite qui ensevelit tant de braves sous les glaces de la Moscovie , le maréchal eut de fréquentes occasions de se signaler, mais il se fit surtout remarquer par un grand courage moral si rare en de telles circonstances. Il marchait à la tête de ses troupes, partageait leurs privations, et quand la faim et le froid eurent anéanti son corps d'armée sorti glorieux de mille combats, il continua à marcher à la tête des aigles, des régiments et des officiers qui pouvaient le suivre.

» Profitant de cet affreux désastre, toutes les puissances de l'Europe se liguèrent. La France touchait au moment d'une grande catastrophe, mais elle ne devait pas succomber sans gloire. Les célèbres batailles de Lutzen et de Bautzen, les brillants

avantages remportés dans les plaines de Montmirail et de Champ- Aubert, attestent les généreux efforts de nos soldats et de leurs dignes généraux pour ressaisir la victoire.

» Pendant que la valeur française brillait d'un nouvel éclat dans cette lutte terrible, le maréchal prince d'Eckmùhl, qui était à Hambourg avec le treizième corps, composé de nouveaux soldats, déployait toute l'énergie de son caractère, et cette prévoyance qui déjoue les ruses et les intrigues, en même temps qu'elle assure les moyens d'attaque et de défense. Rien ne fut négligé pour conserver à la France cette place importante et l'armée qui s'y trouvait réunie. Les fortifications furent réparées, un vaste camp retranché fut construit, et les communications sur les deux rives de l'Elbe assurées. Le maréchal pourvut avec une sollicitude toute particulière aux besoins des hôpitaux, à l'habillement et à la solde des troupes, et forma des approvisionnements pour le cas de siège. Bientôt attaqué par des forces considérables, il conserva un système de défense de plusieurs lieues de développement. Si, par un retour de fortune, les alliés qui menaçaient la capitale avaient été rejetés au delà du Rhin, le corps d'armée renfermé dans Hambourg, reprenant l'offensive, se serait porté sur leurs communications. Le maréchal repoussa toutes les propositions que lui firent les généraux ennemis, en lui annonçant leurs

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