LIVRE TROISIÈME
de grenadiers et arrête V ennemi; tu te feras tuer, mais tu sauveras l'armée. — Oui, mon général, » répondit l'héroïque officier. Sous le Comité de salut public, il ne tarda pas à être exilé pour avoir montré toute son horreur contre les lois sanguinaires qui faisaient des champs de bataille d'immenses échafauds. On jugeait ses opinions incertaines, et on le regardait, même comme un ennemi de la liberté, parce qu'il haïssait l'indiscipline, la licence et le régime de la terreur. Quoiqu'il eût un génie éminent pour la guerre, il était difficile qu'il parvînt au commandement en chef, parce qu'il ne savait ni adoucir la vérité ni taire les fautes de ceux qui gouvernaient. Un peu plus tard il fut appelé à l'armée du Nord, et bientôt à celle de Sambre-et- Meuse comme général de division, et partagea la gloire de la victoire de Fleurus, où il commandait l'aile gauche de l'armée française. Il entra dans Maëstricht après vingt-huit jours de tranchée ouverte et quarante-huit de bombardement. En 1797, il fut désigné dans les journaux comme général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse , mais Hoche eut sur lui la préférence. Kléber, mécontent du Directoire, avait quitté l'armée et s'était retiré à Paris, où il vivait dans la retraite et l'étude. Il acheta une maison de campagne dans les environs , et s'y occupait de rédiger des mémoires sur ses campagnes, lorsque Bonaparte, nommé général en
chef de l'année d'Egypte, l'engagea à le suivre, comme un des généraux les plus capables de faire réussir son expédition. À peine débarqué, Kléber marcha sur Alexandrie, où il reçut une blessure grave à l'escalade des remparts de cette place. Il suivit le général en chef en Syrie, à la tête de l'avant-garde, prit le fort d'El-Arisch, marcha dans le désert, s'empara de Gaza et emporta la ville et les forts de Jafïa. Pendant le siège de Saint-Jean d'Acre, Kléber, détaché du camp, se met en marche avec deux mille hommes pour rejoindre et secourir Junot , menacé , à la tête d'un faible corps de cavalerie, par une année turque composée de dix mille Ottomans et dix-huit mille Naplousains. Il attaque en plaine cette foule, la rejette en désordre sur le Jourdain, et remporte sur ces forces plus que décuples des siennes la victoire célèbre sous le nom du mont Thabor. Rentré en Egypte, il signala de nouveau sa valeur au combat d'Aboukir, où l'armée turque fut défaite. Le général Bonaparte, ayant pris la résolution de rentrer en France, ne crut point pouvoir laisser le commandement en de meilleures mains. Kléber reçut cet honneur plutôt comme un fardeau que comme une faveur. L'année était affaiblie par les combats et par les marches dans le désert; elle n'avait ni argent ni munitions, et aucun espoir de voir venir des secours, tandis que le grand vizir Ioussouf s'avançait avec quatre-