LIVRE TROISIEME
vingt mille hommes et soixante pièces de canon par la route de Damas; déjà même le fort d'El- Arisch était en son pouvoir, et une partie de l'Egypte se soulevait en sa faveur. Kléber, qui ne recevait de France que des nouvelles affligeantes, crut qu'il valait mieux songer à sauver sa patrie que de s'obstiner à conserver l'Egypte, et il fit le sacrifice de la gloire qu'il aurait pu y acquérir contre les Turcs, en continuant avec eux les négociations entamées par son prédécesseur. Kléber négocia, et, par la convention d'El-Arisch, l'armée française dut être embarquée et transportée en France avec armes et bagages : l'Egypte devait être entièrement évacuée, et tous les Français détenus dans les villes de la domination turque mis en liberté.
Fidèle à ce traité, Kléber venait de livrer aux Ottomans tous les forts de la haute Egypte et de la ville de Damiette; il se disposait même à évacuer le Caire lorsque l'amiral Keith lui écrivit qu'un ordre de son gouvernement lui défendait de permettre l'exécution d'aucune capitulation, à moins que l'armée française ne mît bas les armes et ne se rendît prisonnière de guerre. Kléber, indigné, fit imprimer cette lettre pour lui servir de manifeste, et se contenta d'y ajouter ces mots : « Soldats! on ne répond à tant d'insolence que par des victoires. Préparez-vous à combattre. »
En effet, il combattit et vainquit de nouveau à El-Arisch, à El-Kanqah, à Belbeys, à Salabieh, à Héliopolis, au Caire, qu'il dut reprendre de vive force. Il apprit presque aussitôt la révolution du 18 brumaire, qui plaçait Bonaparte à la tête du gouvernement français, et il conçut alors l'espoir que son armée serait secourue. La victoire d'Héliopolis lui assurait au moins pour un an la possession paisible de l'Egypte.
L'armée elle-même, dont la position était améliorée , manifestait le désir de conserver une conquête dont elle sentait toute l'importance. Le 3 juin 1800, il fit une tournée en Egypte, au moment même où il méditait un traité séparé avec les Turcs, qu'il voulait détacber de l'Angleterre. Après avoir passé le I i juin, dans l'île de Raouda, la revue de la légion grecque , il revint au Caire voir les embellissements qu'on faisait à son hôtel; il se promenait sur la terrasse de son jardin avec son architecte, lorsqu'il fut assassiné de quatre coups de poignard par un jeune turc nommé Soléïman.
L'oraison funèbre de cette illustre victime fut prononcée à Paris par le sénateur Garât, sur la place des Victoires , où d'abord on lui décerna un monument qui n'a pas été achevé. Kléber fut sans contredit l'un des plus grands hommes de guerre qu'ait produits la révolution française.
Ses restes, rapportés à Marseille après l'évacua-