‹ Les Invisibles de Paris, vol. 1Chapitre 22 sur 68 · PI P · texte numérisé non relu

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— À la tienne... et à celle de la société !

: -, i Après avoir i*eposé son récipient sur l'escabeau, ce dernier fit claquer sa

langue entre ses dents, passa le dos de sa large main sur sa bouche pour l'essuyer, et, regardant les deux compagnons en souriant de son sourire le plus naïf, le plus innocent :

— Il faut être poli avec tout le monde, n'est-ce pas?

— C'est un sucre, fit le gamin.

— Avec Moucliette aussi bien qu'avec les mouches.

— Hein? rugit Goquillard en se redressant et en fronçant le sourcil. Hé! l'homme est-ce que c'est pour...

— De quoi?

— Je vous demande... enfin... pour qui que c'est que vous dites ça? ,f ?ï4;-|-- - — Je n'ai nommé personne. Qui se sent morveux se mouche, répondit le ii$'..f géant de sa voix la plus tendre, et en faisant un pas de retraite.

'î H; :> L'admirable scène de maître Jacques et de Vaîère, dans VA rare, sera-tou-

| H- y. jours vraie.

Ce pas de retraite fit faire deux pas en avant à son adversaire. Moucliette se curait les dents avec une branche de ciseaux dépareillée. — Ous qu'est ta mère, l'enfant? lui demanda la Cigale.

p \ ■',. — A ses affaires... la brave femme. Je l'attends.

|; îjij r Cependant Goquillard, encouragé par la douceur de la Cigale, et voulant se

|.|j ;•; montrer aux yeux du gamin, s'avança encore, s'appuya sur son gourdin, et

l 'J 1 \'~ regardant le premier dans le blanc des yeux :

Il ; — Dites donc, vous, si vous avez l'intention de nïesbroufïer, faut pas y

|| U: aller par quatre chemins.

' jl : — Moi? Pas le moins du monde. Je ne vous connais pas et je ne tiens pas

|]| , : ' à faire votre connaissance. Laissez-moi tranquille, c'est tout ce que je vous

demande.

— Il n'est pas très exigeant, murmura Moucliette de façon à jeter de it\ï\ l'huile sur le feu.

|m|. ■'■' — Ah! mais,, faut voir, reprit l'agresseur. Il ne s'agit pas de lancer des

M! . fusées d'essai, et puis après de barguiner comme un caneton.

— Couenl couen ! fit le gamin.

— Ah çà! voyons, me ficherez- vous la paix h la fin? demanda la Cigale.

— C'est que je n'entends pas qu'on se conduise comme ça avec moi.

— 11 faut des excuses à monsieur?

— Pourquoi pas ?

Wt- —Écrites?

kl», t:

m\ .■ — Et signées en toutes lettres.

\tgjjj; — Que dommage que je sois pas allé à l'école 1 dit le géant, qui, sans avoir

■pt , l'air de rien, se tenait sur ses gardes, et bien lui en prit : l'homme à la longue

|^ % barbe n'en fit ni une ni deux j sans dire gare, son énorme rotin levé, il s'élança

yM sur lui.

|'fj:< La Cigale fit un saut de côté, le bâton siffla dans le vide, tomba sur la bon-

|| teille, qu'il brisa, et sur l'escabeau, qu'il envoya dans un coin de la chambre.

R- "/■;■ Alors la Cigale étendant le bras gauche prit son agresseur par la nuque

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le souleva à. la force du poignet, et tout grouillant, tout gigotant, il le porta sur le carré.

— Tiens! Goquillard qui fait Guignol! s'écria Mouchette, qui riait à se tordre.

— Veux-tu me lâcher, brigand !... Ah! jeté mangerai le nez... hurlait le misérable, râlant presque sous l'étreinte de fer qui le tenait suspendu sur les premières marches de l'escalier.

— Merci, répondit le géant. Je n'en ai qu'un et j'y tiens... Allons, soyons sage, et lâchons notre badine.

Goquillard, qui serrait convulsivement son rotin, cherchait à porter un coup de bas à son bourreau.

La Cigale, qui le tenait de la main gauche, le lui arracha de la droite.

— Là! serez- vous raisonnable?

— Canaille! lui cria une voix qui n'avait plus rien d'humain.

— Polichinelle et le commissaire! riait Mouchette. Ah! mon pauvre Goquillard, ça vaut dix centimes. Je te les dois.

— Je te repigerai, toi...

— Chez le père de Signol, à sept heures. C'est convenu.

Goquillard, qui était parvenu à saisir la main de la Cigale, la mordit jusqu'au sang...

— Vlà qu'est gentil, dit tranquillement le géant, j'allais le lâcher... Et sans ajouter un mot de plus, il le lâcha... dans l'escalier.

Le misérable dégringola, la tète la première, les marches visqueuses, en hurlant.

— Bien des choses chez vous, lui cria Mouchette par-dessus la rampe. Goquillard cherchait vainement â se retenir, à se rattraper; il roula

jusqu'au bas de l'escalier. A terre, force lui fut de s'arrêter, mais il s'arrêta étourdi, moulu, rompu.

— Quel dommage que la cave ne soit pas ouverte 1 disait Mouchette.

— Scélérats! voleurs! escarpes!... Je vous repincerai tous les deux, leur lança-t-il, à cinq étages de distance. Ah! gredins, vous me payerez ça plus cher que vous ne le pensez.

Et il écumait, et il serrait les poings avec rage, d'autant plus furieux qu'il avait été plus insolent.

A une dernière injure plus violente, plus ordurière que les autres, une voix narquoise et calme lui dit :

— Gare là-dessous, mon brave ami!

Et son gourdin lui tomba en plein corps.

Goquillard en eut assez.

Il ramassa son bâton, et clopin dopant, proférant d'horribles menaces contre la Cigale et contre Mouchette, qui ne l'avait pas défendu, il sortit de l'allée à peine éclairée.

Une fois au dehors, il essuya tant bien que mal le sang qui lui coulait à la fois par la bouche et par le nez, puis montrant encore une fois le poing à ceux qui Lavaient si cruellement, mais si justement maltraité :

— J'aurai mon tour, fit-il.

fit

te

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Hi-fi

Et il s'éloigna, pas assez vite cependant pour ne pas entendre la voix perçante du voyou de Paris, qui chantait à perce-tête :

Malbrough s'en ya-t-en guerre.

Mironton, tonLon, mironlainc, Malbrough s'en va-t-en guerre, Ne sais quand reviendra.

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