j voir d'ici, reprit l'arriero mayor avec insistance
! ■ — Je le vois, cher senor Benito,. mais c'est bien loin encore, fit le métis
j; avec un soupir de découragement, et nos hommes sont rendus de fatigue et
■ ".'];. ■.■:;:,,'■. d'épuisement. '..'.....
i'"].;';' — Oui, senor, c'est vrai, mais là-bas il y a un puits.
j j — C'est malheureux, mais maintenant il est trop tard pour nous y rendre;
']■; ■.{■-". mieux vaut n'en point parler davantage; voyez, l'enceinte est déjà presque
j \| '; terminée, la tente- de la seîïora est dressée et on allume les feux de veille.
%i Bah'I après tout, une nuit, est bientôt passée, compadre; demain nous déjeu-
■■!■{'• '■>... neron s là-bas. • ■
]'■.}•.■>';., — Quiensabe? fit l'arriero mayor en hochant la tête.
Le campement établi, la joie sembla un peu 'renaître parmi les membres de la caravane, vieux aventuriers pour la plupart, qui, avec leur insouciance native^ dès qu'ils faisaient halte enfin, oubliaient les misères passées et celles à venir pour jouir des quelques heures de repos qui leur étaient accordées.
L'espiègle Anita, la camëriste favorite de la comtesse, s'approcha alors de Marcos Praya et.de l'arriero mayor, et, de la part de sa maîtresse, elle les invita à partager le repas du soir.
Les deux hommes s'inclinèrent respectueusement et suivirent la jeune fille. Chose étrange et cependant bien réelle, tandis que tous ces hommes, si vigoureusement trempés et accoutumés de longue date à la vie du désert, tombaient les uns après les autres autour d'elle, la comtesse de Casa-Real ) ] semblait n'avoir souffert en rien des fatigues et. des privations sans nombre
j,> . que cependant elle avait amplement partagées avec ses compagnons.
ï\)i-. y Ce corps si frêle, si mignon et si délicat, qui en apparence aurait dû être
]■ ï flétri, brisé et anéanti brutalement au premier choc de l'adversité, avait vail-
;j;j; lamment lutté et était sorti vainqueur de la lutte.
Le moral avait dompté le physique.
La volonté de fer de la comtesse, son énergie surhumaine, avaient brisé ■t; tous les obstacles.
; ijf : . Elle était aussi belle, aussi calme et aussi souriante en ce moment au
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Le doute n'était plus possible, le bandit avait été assassiné.
fond de ce désert horrible, entourée de mourants et de cadavres, que dans sa charmante retraite de l'allée des Veuves, à Paris, où pour la première fois nous l'avons présentée au lecteur.
Seulement, elle était un peu plus pâle, un peu plus svelte, et un pli imperceptible avait creusé sa ligue fatale et indélébile entre Tare de ses deux sourcils.
LlY. 112. — n. UKFi-'ROV, edif. — Reproduction inlordite.
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— Asseyez-vous, seîiores, dit la comtesse de Gasa-Real avec un sourire engageant à ses convives, et si nous devions mourir demain, eh bien! qu'importe! jouissons encore aujourd'hui des Mens qui nous restent.
Les deux hommes saluèrent silencieusement, ils prirent place à droite et . ' à gauche de la comtesse et A.nita servit. |
La pauvre enfant était bien changée, elle; elle .ressemblait à un spectre. Le repas fut court.
I Les vivres commençaient à être rares; on les ménageait soigneusement et
Î: . V?- on les partageait avec une parcimonie extrême.
Cependant, lorsque le repas fut terminé et que les convives eurent allumé leurs cigarettes de maïs, cette suprême consolation des voyageurs et des ' malheureux, la gaieté sembla pour un instant renaître parmi eux. La nuit était tombée, claire, étoilée, silencieuse et froide. La comtesse de Gasa-Real fit relever les rideaux de la tente, afin que ses regards pussent s'étendre de tous les côtés, et éviter ainsi que sa conversation | fût entendue du dehors, puis s 1 adressant à Marcos : ",
— Que s'est-il passé aujourd'hui? demanda-t-elle. .' *■ — Un homme et deux chevaux sont morts, senora.
— Si. cela continue ainsi, reprit-elle avec uïi sourire triste, il est probable que nous arriverons seuls à San-Francisco.
— Si nous arrivons, dit froidement Tarriero mayor en lâchant une énorme bouiïee de fumée par la bouche et par les narines.
— Sur ma foi, vous êtes sinistre dans vos prédictions, senor don Benito, dit la comtesse avec intention.
— Je suis vrai, senora, répondit-il en s'inclinant courtoisement.
— C'est possible, mais la vérité est dure à entendre, quelquefois, seiior, reprit-elle avec une certaine animation.
— Elle est dure toujours, senora, reprit sentencieusement l'arriero mayor sans se déconcerter le moins du monde.
Marcos Praya ne prenait point part à la conversation, il rêvait, les regards obstinément fixés sur l'horizon bleuâtre que les vapeurs nocturnes estompaient de brume.
— Si, du moins, reprit nonchalamment la comtesse de Casa-Real, vous connaissiez, sefior don Benito, un moyen de nous sortir du mauvais pas où nous nous trouvons, je vous pardonnerais vos lugubres prédictions.
— J'en connais un.
— Vraiment?
— Sur l'honneur.
— Et vous ne me l'avez pas révélé, senor don Benito? ï — Il n'était pas temps encore, senora.