DIAGNOSTIC
L’observateur peut se trouver en présence de deux éventualités.
‘Ou liritis survient au cours d’une lèpre déjà reconnue ; le diagnostic de la lésion oculaire est alors facile et l’affection irienne aisément rapportée à son origine.
Ou bien l’iritis constitue la première manifestation de l'infection lépreuse. Ce cas clinique est d’une extrême rareté : à notre connaissance, trois observations en ont été publiées dans la littérature (Meyer, Chaillous, Santonastaso). Il y a un intérêt majeur, du point de vue du traitement et de la prophylaxie générale de la lèpre à dépister ces formes camouflées. Comme cette iritis isolée n’apporte en elle-même aucun signe caractéristique de sa nature étiologique, il faut éliminer dans le diagnostic les iritis dues à des affections diverses et mettre en œuvre les moyens d'investigation nécessaires pour faire la preuve d’une lèpre.
Le diagnostic d’iritis en lui-même est simple ; nous n’y insisterons pas. Seul celui de la maladie causale est délicat à établir. Nous allons envisager les principaux diagnoctics différentiels qui peuvent être considérés lors des différentes formes cliniques de lèpre irienne.
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Forme séreuse.
Cette forme se caractérise surtout par l’absence de signes pathognomoniques. La symptomatologie est faite de troubles banaux : douleur, photophobie larmoiement, baisse de l’acuité visuelle, injection périkératique, troubles de l’humeur aqueuse ‘et descémétite.
de: | Selon l’acuité des signes,on peut avoir à faire “3 aux modalités aiguës et subaiguës ou chroniques. 2% . Comment peut-on poser le diagnostic d’iritis aiguë lépreuse ? On n’y parvient que par élimination des iritis variolique, pesteuse et gonococcique.
Leur grande rareté suffirait presque à les faire rejeter du champ des hypothèses. Aussi n’en parlons-nous que pour être complet.
Les complications iriennes de la variole et de la peste sont en général tardives. La maladie est caractérisée depuis longtemps lorsqu'elles surviennent. D’autre part, elles ne se cantonnent pas à | l'iris ; elles débordent le diaphragme irido-ciliaire ‘4 et le tableau clinique devient celui de l’irido-cho- “4 roidite.
Plus délicate est la discrimination de l'iritis + blennorragique. Dans l’iritis à gonocoque, on trou- É: ve le même syndrôme douloureux que dans liritis aiguë lépreuse, des perturbations semblables de l’acuité visuelle, du larmoiement, de la photophobie et des modifications dans l'aspect irien que nous avons signalées à propos de la lèpre. Mais linjection périkératique de la lèpre s’est muée ici en chémosis de la conjonctive- épibulbaire, le simple trouble de l’humeur aqueuse a atteint
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dans l’inflammation gonococcique son degré ultime.
L’uréthrite tend à se tarir. Alors surviennent les lésions oculaires et les arthralgies.
Comment identifier maintenant une iritis lépreuse à évolution subaiguë ou chronique ?
Les affections responsables d’iritis subaiguës et chroniques sont nombreuses. Parmi elles, la syphilis, la tuberculose, le diabète occupent une place primordiale.
La syphilis semble être à l’origine de la majeure partie des inflammations iriennes. Telle est du moins l’opinion soutenue par les auteurs de langue française. Celle des ophtalmologistes allemands (introduite en France par H. Lagrange) est diamétralement opposée. Que l’affinité de la syphilis pour l'iris varie suivant les pays ou que les critériums de l’affection à treponema pallidum difféèrent, il n’en persiste pas moins qu’en Suisse et qu’en Allemagne la syphilis irienne est incontestablement moins fréquemment signalée qu’en France. Ici, la place occupée par l’iritis syphilitique dans les statistiques est aussi importante que celle prise par les iritis tuberculeuses dans les pays d’outre-Rhin. <
L’infection luétique de l'iris prend souvent le masque de l’iritis séreuse subaiguë. Rien dans ses symptômes locaux ne permet de la différencier des autres iritis séreuses. Le diagnostic étiologique ne se fait que par l’examen du malade et par l’étude des anamnestiques. La réaction de Bordet-Wassermann se trouve être quelquefois positive : la preuve de la syphilis est évidente. Lorsque cette
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réaction sérologique reste négative, on ne doit pas pour cela rejeter l'intervention du tréponème surtout si des avortements, des grossesses gemellaires des lésions dystrophiques des descendants peuvent être relevées dans l’histoire de ces malades.
Dans liritis tuberculeuse à marche subaiguë, l’attention du clinicien est éveillée par une baisse de l’acuité visuelle ; l'examen montre des précipités sur la face postérieure de la cornée qui sont de dimensions suffisantes pour être visibles à l’œil nu. Ce caractère les distingue des précipités des iritis banales qui sont fins et ne peuvent être détaillés sans le secours du microscope cornéen. L'hyphéma se rencontre avec une fréquence que les auteurs ont notée ; il constitue un bon signe de présomption en faveur de la tuberculose. La répétition des épanchements hémorragiques de la chambre antérieure dans les lésions tuberculeuses de l'iris s’oppose à la rareté de l’hypopion. La décoloration de l'iris, les troubles du vitrée complètent le tableau clinique. Le fléchissement de l’état général accompagnant ces troubles visuels n’est pas toujours très net. Un examen médical systématique s’impose, aidé de tous les moyens d'investigation que la technique moderne met à notre disposition. Dans quelques cas il permet de révéler des lésions discrètes de tuberculose ; bien souvent il reste négatif.
La recherche du glucose dans les urines, permettra parfois de trouver la cause d’une iritis. On sait que les humeurs des diabétiques offrent un milieu de culture idéal pour la prolifération des corps microbiens ; de tels malades peuvent sans doute faire une iritis à germe banal de la même façon qu’ils
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développent des furoncles et des anthrax (1). D’une manière générale, ces lésions iriennes affectent un caractère hémorragique particulier ; le glaucome en est une complication fréquente.
D’autres formes plus rares d’iritis subaiguës à éliminer seraient déterminées pour les auteurs américains par des affections focales qu’il faut savoir rechercher dans les différents territoires de l’économie. « Les sièges les plus communs sont les dents, les amygdales, les sinus paranasaux, l’intestin, l’urèthre postérieur et la prostate, les vésicules séminales et les organes génitaux chez la femme. Les moins connus sont les voies respiratoires supérieures, les tissus du hile des poumons. la vésicule biliaire, la peau, l’appendice. Mais il est impossible d’indiquer la porte d'entrée favorite des bactéries dans le courant sanguin » (De Schweinitz).
Formes proliférantes.
Les iritis proliférantes se rencontrent non seulement dans la lèpre, mais dans la syphilis, la tuberculose et la peste.
Des phlegmasies iriennes qui s’accompagnent d’une tumeur unique, nous éliminerons d’emblée ies granulomes et les tumeurs perlées de l’iris, séquelles de traumatismes violents du segment antérieur.
On doit signaler également à propos des formations tumorales de l'iris, les néoplasies cancéreuses et la sporothricose, la lymphogranulomatose.
(1) L’inflammation irienne au cours du diabète peut n'être pour certains auteurs qu’une iritis syphilitique chez un diabétique.
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Le sarcome et la greffe irienne du gliome de la rétine ou d’une néoplasie d’un point quelconque de Péconomie constituent les variétés anatomiques du cancer primitif ou secondaire de l'iris. Ce sont des lésions rares.
Ces tumeurs évoluent sans déclancher de phénomèênes réactionnels du côté du globe. C’est là leur caractère clinique essentiel. |
La sporothricose donne naissance à des gommes qui n’offrent dans leur aspect aucune individualité particulière. Le diagnostic en est assuré par la découverte dans l’humeur aqueuse de formes mycéliennes de Sporotrichum Beurmanni (P. Toulant). il est confirmé par la disparition rapide des formations pathologiques sous l’influence du traitement ioduré.
Les lymphomes iriens seront reliés à une lymphogranulomatose par la constatation d’adénopathies multiples et de splénomégalie, la recherche dans le sang d’éléments éosinophiles et l’histologie particulière des coupes de ganglions.
Les plus fréquentes parmi les iritis à gros nodule solitaire sont celles qui reconnaissent à leur origine la syphilis. C’est la grosse gomme de l'iris qui se différencie du nodule lépreux par sa couleur jaunâtre. Elle siège comme la production lépreuse unique à la racine de l’iris. Mais elle occupe d’ordinaire la partie supéro-interne du diaphragme irien alors que le nodule de la lèpre apparaît surtout dans le quadrant supéro-externe. D’autre part, le nodule syphilitique peut disparaître et laisser à sa place une plage d’atrophie. Quand il évolue, il progresse soit vers la chambre antérieure, soit