Lindenbrock, Lex Anglica, V
4. Humboldt, Jistoire de la géographie du nouveau continent, t. IL, p. 149.
ne partage aucunement le mépris avec lequel ces traditions nationales ont souvent été traitées. Jai au contraire la ferme persuasion qu'avec plus d'assiduité la découverte de faits entièrement inconnus aujourd’hui éclairera beaucoup de ces problèmes historiques. »
Essayons maintenant de déterminer la contrée où avait débarqué le prince gallois. Hakluyt prétendait la retrouver dans le Yucatan, et il en donnait comme preuve le grand nombre de croix trouvées dans cette contrée par les Espagnols au xvr siècle mais le culte de la croix était répandu dans toute l'Amérique, et même dans une partie de l’ancien monde avant le christianisme, il ne prouve donc rient. Horn croit aussi à la réalité du voyage de Madoc, mais pense qu'il a débarqué en Virginie?, 11 s'appuie, pour le démontrer, sur des traditions indigènes. Il rappelle que les sauvages Virginiens rendaient hommage à un certain Madeczunga ou Madinga, dont le nom présente en effet une certaine analogie avec celui de Madoc. Laët3 énumère avec complaisance une cinquantaine de mots analogues en virginien et en gallois. Ces ressemblances ont encore été signalées par Ulloa ‘, mais la plupart d’entre elles nous semblent forcées, et c’est avec raison que Robertson les tourne en ridicule ÿ. Devons-nous en effet conclure à l'identité des Gallois et des Virginiens parce que ces derniers, au temps de Raleigh, se servaient du salut gallois hoa horis ioch, ou bien appelaient le pingouin penguin, le pain bara, l'œuf wy, la mère mam, le père {ao, un tuyau de plume colaf, un renard clynog, de l’eau blanche gwon dyr, un nez trwyn, le ciel neaf, etc. °? Ou bien ces ressemblances sont accidentelles, ou bien ces mots n'auront été introduits qu’à une époque toute moderne, A vrai dire les exigences de la science contemporaine répugnent absolument à un pareil genre de preuves.
On a encore signalé sur d’autres points de l’Amérique de prétendues traces de la langue galloise. Ainsi Torrès Caïcedoë rapporte que la langue Tuneba, parlée par les Indiens de Tierra Adentro, dans la province de Tunja, au nord de la Nouvelle-Grenade, abonde en mots gallois qui y sont usités depuis fort longtemps.
« Le capitaine Abraham, lisons-nous dans l’histoire du Kentucky7de Filson, homme sur la véracité duquel on peut compter, a assuré à l’auteur que, dans la dernière guerre, étant avec sa compagnie à Kaskaskuy, il y vint quelques Indiens qui, parlant la langue galloise, furent parfaitement entendus de deux Gallois qui étaient avec lui, et qu'ils leur parlèrent d’une manière parfaitement conforme à ce qu’en rapportent les habitants de l’ouest. » Ce témoignage n’est pas le seul8, Un ministre méthodiste, Beatty, Gallois de naissance, fut un jour
1. Gabriel de Mortillet, le Signe de la croix avant le christianisme, passim.
2. Horn, De originibus Americanis, p. 136. « Habemus Madazungam et Madingam qui, cur Madoc Cambrensis esse nequeat, quem in eas partes delatum domestica evincunt monumenta, ratio nulla reddi potest. »