‹ Les Irlandais en Amérique avant Colomb [microforme]Chapitre 12 sur 13 · Lefebvre de Villebrune, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Lefebvre de Villebrune, loc. cit., p

2. Owen, l'ecueil d'antiquilés bretonnes, Londres, 1877, p. 103. 3. Beauvois, Découverte du Nouveau Monde par les Irlandais, ete., p. 52-86,

montré, par une étude attentive des textes et une rigoureuse argumentation, que la véritable position de l’Irland it Mikla doit être reportée beaucoup plus au nord, soit dans l'ile de Terre-Neuve, soit sur la rive méridionale du Saint- Laurent. Il résulte en effet de divers passages des Sagas que l’Irland it Mikla était située entre le Helluland et le Vinland, Or, le Helluland correspondant au Labrador, comme nous essayerons de le prouver à proposdes voyages des Northmans en Amérique, et le Vinland aux États de New-York, Khode-Island et Massachusetts, l'Irland it Mikla ou Hvitrammannaland se trouve entre ces deux contrées, c'est-à-dire qu'il occupe la rive méridionale du Saint-Laurent et les iles qui ferment le golfe.

L’authenticité de cette nouvelle théorie est confirmée par des notions trés précises sur les traces persistantes du christianisme dans cette région, que recueillirent quelques missionnaires français au Canada. L'un de ces missionnaires, un récollet, le père Le Clerq, était resté douze ans au Canada, de 1675 à 1687, et particulièrement en Gaspésie, c’est-à-dire dans la région qui correspond à l’ancien Hvitrammannaland. Fort surpris de trouver le culte de la croix établi chez les sauvages qu'il était chargé d'évangéliser, il étudia leurs mœurs et leurs traditions, et, de retour en France, consigna ses observations dans un ouvrage aujourd’hui fort rare, et dont voici le titre exact : Nouvelle relation de la Gaspésie, qui contient les mœurs et la religion des sauvages Gaspésiens, Porte-Croir, adorateurs du soleil, et d'autres peuples de l'Amérique septentrionale, dite Canada, À vol. in-12, Paris, Amable Aubry, 1691. « Le culte ancien et l'usage religieux de la croix, écrit le récollet, qu’on admire encore aujourd’hui parmi ces sauvages, pourrait bien nous persuader que ces peuples ont reçu autrefois la connaissance de l'Evangile et du christianisme, qui s’est enfin perdu par la négligence etle libertinage de leurs ancêtres!.…...» «Is ont, tout inlidèles qu’ils soient, la croix en grande vénération; ils la portent figurée sur leurs habits et sur leur chair; ils la tiennent à la main dans tous leurs voyages, soit par mer, soit par terre, et enfin ils la posent au dedans et au dehors de leurs cabanes, comme la marque d'honneur qui les distingue des autres tribus du Canada?. » Le père Le Clerq chercha à connaitre l'origine de ce culte, et les anciens de la tribu lui racontèrent que leurs ancêtres allaient mourir de faim, « lorsque leur apparut un beau jeune homme porteur d'une croix, qui leur ordonna d’adorer cette instrument de salut. Ils obéirent et furent sauvés. Dès ce jour ils conservèrent pour ce signe sacré la vénération la plus profonde ».

Comme le père Le Clerq composait son livre à la fin du xvir siècle, on pourrait objecter que les indigènes qu’il s’étonnait de trouver presque chrétiens avaient peut-être été évangélisés par les premiers Européens qui abordèrent dans la contrée au xvi'siècle ; maisces Européensavaient eux-mêmes été frappés par les nombreux vestiges dechristianisme qu’ils avaient rencontrés. En 1534,

1. Beauvois, Le Porte-Croix de la Gaspésie et de l'Acadie (Annales de philosophie chrétienne, avril 1877).

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