‹ Les Irlandais en Amérique avant Colomb [microforme]Chapitre 5 sur 13 · F. Michel, v · texte numérisé non relu

F. Michel, v

À. Jubinal, 515. Cireumeuntes illam terram, quamdiu fuerunt in illa, nulla nox illis adfuit, sed lux lucebat sicut sol lucet in tempore suo, et ita per quadraginta dies lustraverunt terram illan, sed finem illius minime invenire poterant.

5. 1d., 616. Quadam vero dic invenerunt quoddam (sic) magnum fluvium, quod ne quaquam potuerunt transvadere, vergentem ad medium insulae.

6. Joannes a Bosco, Vita Sancti Macluvii ex menbranis floriacensibus veluslissimis (Floriacensis vetus bibliotheca Benedictina, Lyon, 1605), — D’Achery et Mabillon, Vita Sancti Maclovii ec msc. cod. ve d'Hérouval (Annales sanctorum ordinis Sancti Benedicti, 1668). — Sigebert de Gembloux, Vita Sancti Maclovici sive Machutii (Patrologie de Migne, t, 160, 1854).

passa d'Irlande en Orient, ou si les deux peuples la trouvèrent ensemble 1, Ainsi le géographe Edrisi?, tout comme l’auteur anonyme des Voyages merveilleux, nomme l'ile des Brebis et le Paradis des oiseaux. Dans les Mille el'une Nuils, le fameux Sindbad, lors d’un de ses nombreux voyages, ahorde à l'ile El Ghanam, où se trouvaient d'énormes brebis. A EL Thojono les oiseaux lui donnent de merveilleux concerts 3. L'oiseau Rock qui l’enlève ressemble étrangement au Gripha de Brandan, et l’aventare de la baleine semble traduite de la légende chrétienne. « Nous découvrimes une ile charmante dont le sol semblait couvert d’un tapis de verdure odoriférante, Le capitaine ayant fait carguer les voiles, tous les marchands descendirent du bâtiment et se mirent à manger, à boire, à se reposer. Tout à coup l’île éprouve un tremblement et est agitée. Un crieur proclame : Voyageurs! prenez garde à vous! vite au vaisseau! Sinon, vous êtes tous perdus! l’ile sur laquelle vous vous trouvez est un poisson. Tout le monde gagna le bâtiment : pour moi je restai sur l'ile, qui replongea presque aussitôt. »

La légende de Brandan a donc pénétré jusqu’en Orient; mais si cette odyssée monacale s'est partout répandue au moyen àge, c'est qu’elle avaitun fond de vérité, Les aventures d'Ulysse auraient-elles charmé les Grecs et nous charmeaient-elles encore si ce héros de la ruse et de la patience n’avait pas existé? Ilest vrai que les aventures du saint moine ne sont pas toujours vraisemblables ; mais qui voudrait ne retenir des légendes que ce qu’elles ont de possible retrancherait aussi de l'Odyssée et de toutes les autres épopéesles merveilles et les fables qui les ornent. Ainsi que l’a écrit un savant gaëliste, dont le témoignage fuit autorité, W. F. Shenee‘, « c’est un roman pieux mais qui repose sur un fondement historique. Des récits fabuleux n'auraient pas été intercalés dans Ja biographie de saint Brandan, s’il n’y avait pas eu dans les événements de sa vie une entreprise pour l'extension du christianisme dans quelques iles lointaines, et il ne manque pas d'indices pour montrer qu’il en fut ainsi ». Les courses vraies ou fausses des moines prouvent du moins qu’ils n’hésitaient pas à les entreprendre. D’ailleurs, les îles qu’ils parcourent, le grand continent sur lequelils débarquent, les dangers de la traversée, tous ces épisodes cachent peut-être, sous le voile de la fiction, de réelles découvertes. C’est à nous de dégager le fait historique des ornements qui la dénaturent.

Ainsi nous remarquerons que Brandan et ses compagnons se dirigent toujours de préférence vers l’ouest, c’est-à-dire dans la direction de l’Amérique, et qu'ils errent au milieu d’archipels dans lesquels on reconnaîtrait sans trop de peine les Açores, les Canaries, Madère, l'Islande même, ou tel autre groupe desiles et des îlots jetés entre les deux continents. Sans exiger dans la détermination des terres entrevues par les moines irlandais une précision impossible à obtenir, il est pourtant vraisemblable quele Paradis des oiseaux correspond à l’une des Açores. Ténériffe dans les Canaries est un ancien volcan qui

sans doute était en activité, lorsque les compagnons de Brandan contemplèrent avec effroi les tourbillons de flammes qui couronnaient sa cime et les fleuves

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