LE PRINCIPE DE LA RESPONSABILITÉ
éclat, ne pénétraient pas alors aussi vite qu'aujourd'hui dans le.domaine de la pratique.
Reconnaître à l'expert-médecin le pouvoir de déclarer la folie soulevait les plus vives récriminations des jurisconsultes. Dupin s'écriait en 1826 : « Quand on ne pourra plus dire d'un homme : il est coupable, on dira : il est fou, et on verra Charenton remplacer la Bastille. »
Deux ans plus tard , c'était Elias Regnault c[ui s'élevait contre les expertises médico-légales confiées aux médecins aliénistes. Selon lui, le bon sens suffisait parfaitement pour distinguer le prévenu responsable du prévenu non responsable.
Que l'on parcoure les Annales judiciaires du commencement du siècle, on verra que la justice se réservait — non peut-être sans la trouver lourde — la tâche de se prononcer seule sur la responsabilité des accusés.
Un crime retentissant et l'audace d'un jeune avocat de talent précipitèrent la réforme.
Le dimanche, 10 octobre 1824, un homme âgé de c|uarante-deux ans. doux, triste, instruit, intelligent, de bonne conduite, qui depuis vingt ans avait servi dans l'administration de la marine, sortait do l'hôtel où il était descendu quelques jours avant, se rendait au bois de A^'incennes, apercevait deux enfants jouant sous les 3^eux de leur mère, et les
PAILLET DANS I.'aFFAIRE PAPAVOINE
égorgeait. Ces deux enfants étaient absolument inconnus du meurtrier.
Un avocat, à peine arrivé de sa province à Paris, fut chargé de la défense. Le meurtrier s'appelait Papavoine; son défenseur était Paillet, à ses débuts.
« Il vit l'accusé, et resta convaincu que la raison de ce malheureux était troublée. En ces choses, un grand pas a été fait ; nous vivons aujourd'hui sur un terrain battu, nous doutant peu de ce qu'il était au moment où survint cette ténébreuse affaire. On parlait de la folie comme on parle de la rage ; mais ses variétés et ses nuances échappaient à l'observation. Dans ces intelligences qui, sur un point, se couvrent soudainement de la nuit, où commence, où finit la responsabilité ? De la monomanie à la démence, faut-il compter les degrés ou ne constater qu'un abîme ? La monomanie, qui donc la connaissait? Esquirol et Pinel en avaient traité comme d'un mal étrange, foudroyant, sans symptômes précurseurs, sous l'empire duquel s'évanouit la raison humaine. Mais leurs écrits, qui les avait lus, hors des amphithéâtres ? Eux-mêmes, qui les avait jamais rencontrés au Palais ? Il faut le dire : confinée dans l'immobilité de la routine, l'instruction criminelle y sommeillait d'une conscience paisible. Tout assassin deviendrait un fou s'il fallait isoler la volonté, et l'étudier en elle-même, par un procédé