‹ Les irresponsables devant la justiceChapitre 24 sur 115 · ALIÉNÉS ET ASSIMILÉS · texte numérisé non relu

ALIÉNÉS ET ASSIMILÉS

si ces états rentrent dans l'idée exprimée dans le Code par le mot « démence », en un mot, s'ils ont atteint profondément la volonté. Mais la vérité est que la pathologie mentale a fait bien des progrès depuis c|ue cet article 64 a été écrit.

Que de formes de folie, moins évidentes, mais par cela même plus graves, ont été révélées depuis, par les travaux de Pinel, d'Esquirol, de Calmeil, de Foville, de Lélut, de Parchappe, de Falret, de Legrand du Saulle, de Motet, etc. !

Nous n'en sommes plus à la question générale : « Un aliéné est-il esponsable de ses actes ? » Celle-ci, ainsi posée, est relativement facile à trancher.

Il en est tout différemment quand, au lieu d'un terme vague et d'une idée mal définie, on descend dans l'analyse des mille formes de l'aliénation, de ses degrés multiples et variés, quand on se met en présence, non d'une abstraction, mais d'une réalité vivante. A mesure que la question se spécialise, s'individualise, s'incarne dans une forme et dans une personnalité données, il faut renoncer à toute solution générale.

De là de nombreuses difficultés, soit pour interpréter, soit pour compléter une loi dont le langage n'est plus celui du vocabulaire médical actuel, ou dont l'hypothèse est trop restrictive.

On attend, il est vrai, une loi nouvelle plus en

harmonie avec la science mentale {*). Ce sera un bienfait ; mais combien de questions encore que la loi ne saurait trancher, parce qu'elle ne peut pénétrer dans l'analyse de tant d'espèces morbides, comprises sous le terme général d'aliénation !

Si l'individu bien et dûment aliéné, au moment de l'action, est irresponsable, sera-t-on en droit de prétendre considérer comme irresponsable celui qui est atteint de monomanie ou de délire partiel? Dans ce cas, intelligence et volonté sont atteintes, mais elles ne semblent l'être que sur un point.

Le diagnostic est parfois très difficile à propos de ces intelligences partiellement entamées.

« Delasiauve se trouva un jour, pendant une heure, à table dans une maison de santé, à côté d'une dame atteinte de monomanie; Delasiauve avait été préalablement prévenu, et cependant il ne put qu'admirer « les lueurs d'une vive intelligence « et le témoignage d'une éducation distinguée ! »

En rapportant sa mésaventure,rhonorable alié-

(i) Un projet de loi sur les Aliènes a été voté en seconde lecture par le Sénat, dans le cour.iut de 1887.

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